BarMar : le grand pari européen de l’hydrogène vert entre dans sa phase politique

11/05/2026
5 min
BarMar prévoit la construction d’un pipeline sous-marin de 400 kilomètres entre Barcelone et Fos-sur-Mer, capable de transporter jusqu’à 2 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable par an. Le projet représente un investissement estimé à environ 2,1 milliards d’euros, avec une mise en service envisagée à l’horizon 2032.©Shutterstock

La concertation publique autour du projet BarMar, infrastructure stratégique du futur corridor européen de l’hydrogène H2med, s’est ouverte le 6 mai sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP).

Par Gaz d’aujourd’hui 

Porté par les gestionnaires d’infrastructures de transport français NaTran, Teréga et l’espagnol Enagás, le projet prévoit la construction d’une canalisation sous-marine de près de 400 kilomètres entre Barcelone et Fos-sur-Mer, destinée au transport d’hydrogène renouvelable. La publication, le 9 avril 2026 au Journal officiel de l’Union européenne, de la nouvelle liste des Projets d’Intérêt Commun (PIC) est venu confirme le soutien stratégique de Bruxelles au corridor hydrogène H2med. Les interconnexions BarMar, entre Barcelone et Marseille, et CelZa, entre le Portugal et l’Espagne, ainsi que les réseaux nationaux associés pnt conservé leur statut synonyme d’accélération administrative et de potentiel accès à des financements communautaires. Cette validation par les institutions européennes consacre « la maturité du projet H2med » selon les porteurs du projet, présenté comme l’une des futures « autoroutes de l’énergie » prioritaires de l’Union européenne, destinée à renforcer à la fois la décarbonation industrielle et la souveraineté énergétique du continent.

Une pièce maîtresse du corridor H2med

Avec une capacité de transport de 2 millions de tonnes d’hydrogène par an (MTPA), BarMar doit devenir l’un des principaux corridors énergétiques européens dédiés à l’hydrogène renouvelable. Le projet vise à relier trois zones stratégiques : la péninsule ibérique, où l’Espagne et le Portugal prévoient d’exporter plus de 1,6 million de tonnes d’hydrogène par an dès 2030 grâce au développement massif du solaire et de l’éolien ; la France, qui structure actuellement son futur réseau national autour des axes HY-FEN, HYnframed, MidHY et HySoW ; et l’Allemagne, dont l’industrie pourrait importer jusqu’à 1 million de tonnes d’hydrogène par an d’ici 2035, puis 1,6 million de tonnes à l’horizon 2040 afin d’accélérer sa décarbonation. L’infrastructure s’inscrit dans les priorités énergétiques européennes définies depuis 2020 avec le Pacte vert européen puis renforcées après la guerre en Ukraine dans le cadre du plan REPowerEU. « Aujourd’hui, 95 % de l’hydrogène est d’origine fossile » rappellent les porteurs du projet et avancent que « l’hydrogène renouvelable émettra jusqu’à 20 fois moins de CO2 ». Le projet est également présenté comme un outil de « souveraineté énergétique » destiné à « diversifier les sources d’énergie et réduire la dépendance aux pays exportateurs d’hydrocarbures ». Le coût total de l’infrastructure est évalué à environ 2,1 milliards d’euros, pour une mise en service envisagée à l’horizon 2032.

Une infrastructure industrielle de grande ampleur

Le projet prévoit la construction d’une canalisation sous-marine d’environ un mètre de diamètre, opérant à une pression proche de 100 bars. Le tracé reliera Barcelone à Fos-sur-Mer, principal hub industriel et énergétique du sud de la France traversant la Méditerranée à une profondeur pouvant atteindre 120 mètres. Deux infrastructures terrestres accompagneront le projet : une station de compression dans le port de Barcelone et une station d’arrivée à Fos-sur-Mer. Le fuseau d’étude présenté au public doit être situé « à au moins dix kilomètres des côtes françaises », hors zone d’atterrage à Fos-sur-Mer.

Un marché encore fragile économiquement

Si les ambitions politiques sont élevées, le contexte économique de l’hydrogène reste complexe. Le principal défi demeure celui de la compétitivité du modèle économique. L’hydrogène renouvelable produit par électrolyse reste aujourd’hui significativement plus coûteux que l’hydrogène issu du gaz naturel. Le développement de la filière dépend fortement du prix de l’électricité renouvelable. Or, les prix de l’électricité en Europe restent volatils et souvent supérieurs à ceux observés aux États-Unis ou au Moyen-Orient, où plusieurs grands projets concurrents émergent. D’ailleurs plusieurs grands groupes industriels européens ralentissent actuellement certains investissements dans l’hydrogène face aux coûts élevés de production et aux incertitudes réglementaires. Le marché reste encore embryonnaire et dépend largement des soutiens publics européens et nationaux. Les promoteurs du projet défendent néanmoins une logique d’anticipation : construire les infrastructures avant que le marché n’atteigne sa maturité afin de permettre l’émergence d’un réseau européen intégré.

La concertation publique se déroulera du 6 mai au 12 juillet 2026. Trois garants indépendants désignés par la CNDP — Corinne Larrue, Mathias Bourrissoux et Audrey Richard-Ferroudji — sont chargés de veiller à « la sincérité des échanges et à la bonne information du public ». Au total, 25 temps d’échanges sont programmés sur le territoire : réunions publiques, conférences-débats, tables rondes d’experts, visites thématiques et permanences locales. Pour les industriels comme pour les pouvoirs publics européens, BarMar apparaît désormais comme un test grandeur nature : celui de la capacité de l’Europe à bâtir une économie de l’hydrogène compétitive tout en finançant les infrastructures nécessaires à sa souveraineté énergétique.

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