« Bac à sable » énergétique : la CRE met la pression sur l’État pour débloquer 17 projets

02/09/2026
5 min
Renouvelables, stockage, mobilité électrique : vingt expérimentations attendent encore une décision, dont dix-sept dépendent au moins en partie du feu vert de la DGEC.

Vingt projets énergétiques « innovants » restent suspendus au feu vert de l’administration, pointe la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Le régulateur appelle en particulier la direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) à accélérer l’examen de 17 dossiers qui relèvent, totalement ou partiellement, de ses compétences. En jeu : de nouvelles solutions pour raccorder plus rapidement les renouvelables, le stockage ou encore la mobilité électrique.

Par Gaz d’aujourd’hui

Le « bac à sable » énergétique commence à buter sur l’administration. Dans son dernier rapport consacré au dispositif d’expérimentation réglementaire, publié le 22 juillet, la Commission de régulation de l’énergie met en lumière un embouteillage : 20 projets attendent toujours une décision leur permettant de tester leurs innovations. Quatorze relèvent exclusivement de la DGEC, trois conjointement de la DGEC et de la CRE – dont un a déjà obtenu le feu vert du régulateur – et trois uniquement de la CRE. Autrement dit, 17 dossiers restent tributaires, au moins en partie, d’une décision de l’administration. 

Le message adressé à la DGEC est peu ambigu. Ces expérimentations doivent pouvoir être testées « rapidement », insiste la CRE, qui se dit prête à transmettre à l’administration toutes les informations susceptibles d’accélérer ses analyses. Derrière ces dossiers se trouvent notamment des innovations destinées à faciliter l’intégration des énergies renouvelables, du stockage et de la mobilité électrique. Leur lancement permettrait, selon le régulateur, d’en mesurer les gains pour la collectivité avant, éventuellement, d’assouplir durablement la réglementation. 

Le V2G de Renault attend encore

Le cas de Renault illustre ces délais. Avec The Mobility House, le constructeur expérimente la recharge bidirectionnelle, ou « vehicle-to-grid » (V2G), qui permet à la batterie d’une voiture électrique de restituer de l’électricité au réseau. La CRE a accordé sa propre dérogation en juillet 2024, mais une seconde, relevant de la DGEC et concernant l’installation de sous-compteurs permettant de différencier les flux, demeure à l’étude. Le régulateur « encourage » explicitement la DGEC à poursuivre son analyse afin de mettre en œuvre rapidement cette évolution. L’enjeu dépasse les seuls véhicules électriques. Le « bac à sable », créé par la loi énergie-climat de 2019, permet à la CRE ou à l’administration d’accorder temporairement des dérogations au droit commun pour tester des technologies et services qui nécessiteraient autrement de modifier préalablement les règles. Depuis son lancement, 109 demandes ont été reçues et 31 projets ont obtenu au moins une dérogation, dont 25 accordées par la CRE et seulement six par la DGEC. 

Des expérimentations qui commencent à faire leurs preuves

La pression exercée par la CRE s’appuie aussi sur les premiers résultats du dispositif. Cinq expérimentations sont actuellement en cours – Acciona, Boralex, Fibre Excellence Provence, Renault et WPD – tandis que deux autres attendent encore l’achèvement des travaux nécessaires à leur lancement. Surtout, 21 projets initialement dérogatoires sont désormais réalisables à droit constant après des évolutions de la réglementation. 

Certaines expérimentations ont débouché sur des résultats très concrets. Reflex, développé par Enedis, vise par exemple à raccorder davantage de renouvelables sans attendre le renforcement physique du réseau. Fin 2025, plus de 40 projets en haute tension et 180 en basse tension, représentant 210 MW, avaient obtenu des offres utilisant ces capacités supplémentaires, avec un gain annoncé de un à cinq ans sur les délais de raccordement. Sa généralisation doit permettre de dégager entre 600 et 800 MW de capacité supplémentaire entre 2025 et 2028. Même constat du côté des projets Boralex et Fibre Excellence, autorisés à dépasser le plafond traditionnel de 17 MW de puissance installée en HTA à condition de limiter leur injection. Les deux expérimentations ont démarré et, en 2025, Enedis n’a constaté ni perturbation du réseau ni dépassement de la puissance autorisée. 

Ces résultats nourrissent désormais une évolution plus large des règles de raccordement. La CRE soutient notamment le relèvement à 25 MVA du seuil applicable aux installations hybrides associant production et stockage. Une manière, pour le régulateur, de rappeler à la DGEC la vocation même du « bac à sable » : expérimenter rapidement pour déterminer ensuite quelles barrières réglementaires peuvent être levées. Tant que 17 projets restent dans la file d’attente administrative, cette mécanique tourne encore au ralenti.

Vous aimerez aussi