À Grignon, la méthanisation cultive l’avenir de l’agriculture francilienne

Méthanisation
27/01/2026
5 min
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En Île-de-France, la méthanisation constitue un axe fort de la stratégie énergétique régionale. La région francilienne a injecté l’année dernière environ 1,3 TWh de biométhane dans les réseaux gaziers et affiche un parc d’une soixantaine d’unités en injection. Le 22 janvier, le collectif d’animation de la méthanisation en Île-de-France Prométha organisait sa journée technique à la Ferme de Grignon (Yvelines) pour évoquer l’optimisation des process, des intrants et des pratiques culturales.

Par la rédaction de Gaz d’aujourd’hui

La semaine dernière, ils étaient un peu moins d’une centaine à arpenter les allées de la Ferme de Grignon (Yvelines), haut lieu de l’expérimentation agricole en territoire francilien. Agriculteurs, chercheurs, collectivités, industriels… Tous réunis à l’initiative du cercle francilien de la méthanisation Prométha pour répondre à plusieurs questions et notamment celle de l’optimisation des ressources agricoles locales grâce à la méthanisation. Dans un contexte de pression climatique et économique, la filière affiche une ambition claire : optimiser ses pratiques pour gagner en efficacité, tout en réduisant son impact environnemental. Sur ce site emblématique d’AgroParisTech, engagé depuis près de 20 ans dans le programme « Grignon énergie positive », le décor est planté. « Nous visons une triple performance : économique, sociale et environnementale », rappelle Quentin Bulcke, directeur de la ferme expérimentale, qui emploie 35 personnes et combine cultures, élevage, transformation laitière et méthanisation. Ici, le gaz vert produit alimente l’équivalent de 440 foyers et permet de réduire l’usage d’engrais de synthèse grâce au digestat.

Optimiser les pratiques agricoles

Au cœur des échanges, plusieurs leviers d’optimisation. À commencer par le fumier équin, un gisement encore peu exploité mais abondant en Île-de-France, avec près de 486 000 tonnes disponibles. Des essais menés avec GRDF et Tenea Énergies montrent qu’il est possible d’intégrer jusqu’à 80 % de ce fumier dans les rations des méthaniseurs, avec en ligne de mire un objectif ambitieux : atteindre 100 %. « La méthanisation offre une vraie solution aux structures équestres, notamment en zone urbaine, où l’épandage est compliqué », souligne Orianne Valais, de l’Institut français du cheval et de l’équitation. Autre sujet phare : les cultures intermédiaires à vocation énergétique (cive). Ces cultures, insérées entre deux récoltes principales, sécurisent l’alimentation des méthaniseurs tout en améliorant la fertilité des sols. « On réduit de 10 à 15 % les engrais de synthèse et on gagne une culture supplémentaire », témoigne Christophe Robin, président de l’unité Bioenergie Sonchamp. Un cercle vertueux, à condition de respecter des pratiques agronomiques rigoureuses. La recherche n’est pas en reste. À Grignon, la plateforme expérimentale « Trajectoire » observe à taille réelle les impacts des systèmes de culture biomasse : émissions de gaz, rétention des nitrates, stockage du carbone… Les premiers résultats confirment des bénéfices, mais appellent à une approche globale. « Il faut raisonner les systèmes dans leur ensemble, sans idéologie », insiste Sophie Carton, directrice déléguée aux affaires agricoles d’AgroParisTech.

Une région à haut potentiel

En Île-de-France, si la méthanisation confirme sa montée en puissance, elle continue de buter sur des freins structurels, selon les résultats de l’enquête 2024. Au 1er janvier 2025, la région comptait 73 unités en fonctionnement, dont une large majorité agricole (49), aux côtés de 12 stations d’épuration, 7 unités territoriales, 2 industrielles et une dédiée au traitement de la fraction fermentescible des ordures ménagères. Portée depuis 2020 par l’essor de la méthanisation agricole avec injection de biométhane, la dynamique s’est poursuivie en 2024 avec sept nouvelles mises en service. Résultat : 1,63 TWh d’énergie primaire produits, en hausse de 13 % sur un an, avec une prédominance nette de l’injection sur les réseaux (82 % des sites), loin devant la cogénération. Côté intrants, près d’un million de tonnes de matières brutes ont été méthanisées hors step en 2024, dont 74 % d’origine agricole, tandis que les boues de step représentent plus de 200 000 tonnes de matières sèches. Surtout, près de 80 % des exploitants interrogés estiment pouvoir produire davantage de biogaz avec leurs installations actuelles. Mais cette marge de progression, évaluée entre 10 et 15 %, reste conditionnée à un assouplissement des contraintes réglementaires (ICPE, seuils de capacité), à des investissements techniques ciblés et à une meilleure sécurisation des intrants, dans un contexte agricole et logistique de plus en plus tendu.

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