Gaz : l’Allemagne se veut rassurante malgré des stocks historiquement bas avant l’hiver

02/11/2026
5 min
Au 1er novembre 2026, les stocks de gaz allemands affichent un taux de remplissage de seulement 61,5 %, contre près de 75 % en moyenne dans l’Union européenne. Malgré ce niveau inférieur aux objectifs réglementaires, Berlin assure que l’approvisionnement restera sécurisé pendant l’hiver 2026-2027. ©Shutterstock

Les stocks de gaz allemands n’atteignent que 61,5 % au 1er novembre 2026, bien en dessous des objectifs de remplissage. Malgré ce niveau, Berlin assure que l’approvisionnement restera sécurisé pendant l’hiver 2026-2027, grâce notamment aux importations de gaz naturel liquéfié (GNL). Les professionnels du secteur appellent toutefois à renforcer les obligations de stockage, sur fond de flambée des prix du gaz européen.

Par Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

L’Allemagne pourra-t-elle passer l’hiver sans difficulté malgré des stocks de gaz particulièrement faibles ? À l’approche de la saison froide, Berlin se veut rassurant, alors que les réserves du pays restent nettement inférieures aux niveaux habituellement observés à cette période. Au 1er novembre, les installations de stockage allemandes n’étaient remplies qu’à 61,5 %, selon les données de la plateforme européenne Aggregated Gas Storage Inventory (AGSI). Un niveau inférieur à l’objectif réglementaire moyen de 70 %, mais aussi à la moyenne européenne, proche de 75 %. Pas de quoi inquiéter le gouvernement allemand. « L’approvisionnement en gaz de l’Allemagne est assuré pour l’hiver prochain, même avec les niveaux de remplissage actuels des stockages », a affirmé lundi une porte-parole du ministère de l’Économie à l’AFP. Berlin estime que le pays devrait traverser les prochains mois « dans de bonnes conditions », une appréciation que partageraient la Commission européenne et l’Agence fédérale des réseaux (Bundesnetzagentur).

Le GNL, principal filet de sécurité

L’autorité allemande de régulation de l’énergie confirme cette analyse. Interrogée par l’AFP, elle considère que « la sécurité d’approvisionnement est garantie » et que « le risque d’une situation tendue en matière d’approvisionnement en gaz est faible ». Selon elle, le respect des objectifs de remplissage au 1er novembre n’est pas, à lui seul, déterminant. La sécurité énergétique repose désormais sur la complémentarité entre les stocks disponibles, les différentes voies d’importation et l’évolution de la consommation. Cette confiance s’explique notamment par la transformation rapide des infrastructures gazières allemandes depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Privée d’une grande partie de ses approvisionnements russes, l’Allemagne a accéléré le développement de ses capacités d’importation de gaz naturel liquéfié (GNL). Ces terminaux, dont ceux de Wilhelmshaven mis en service ou développés ces dernières années, permettent de diversifier les sources d’approvisionnement. L’ouverture prochaine d’une installation à Stade, dans le nord du pays, doit encore renforcer cette flexibilité. Berlin souligne également que la faiblesse de la moyenne nationale masque d’importantes disparités. La majorité des sites allemands affichent des taux de remplissage supérieurs à 70 %. Ce sont principalement quelques installations particulièrement peu remplies, notamment celles exploitées par SEFE, l’ancienne filiale allemande de Gazprom nationalisée en 2022, qui tirent les statistiques vers le bas. Pour limiter ces fragilités, la ministre de l’Économie, Katherina Reiche, a demandé fin septembre à SEFE d’acheter et de stocker 8 térawattheures (TWh) supplémentaires de gaz d’ici au 15 décembre. Une mesure destinée à renforcer la résilience du pays face aux risques géopolitiques, mais dont les effets ne se reflètent pas encore pleinement dans les chiffres actuels.

Les professionnels réclament des obligations de stockage

Cette assurance affichée par les autorités ne convainc toutefois pas les professionnels du secteur. Dans un communiqué publié dimanche, l’association allemande des opérateurs de stockage de gaz INES, qui représente plus de 90 % des capacités nationales, constate que les objectifs gouvernementaux de remplissage « n’ont pas été atteints ». Pour l’organisation, cette situation constitue « un signal clair de la nécessité de renforcer les dispositifs de préparation hivernale ». Elle estime que les mécanismes de marché ne suffisent pas toujours à garantir des réserves adaptées aux besoins du pays et plaide pour l’instauration d’une obligation de stockage imposée aux fournisseurs avant chaque hiver. Une piste que le ministère allemand de l’Économie se dit prêt à examiner. Le débat intervient dans un contexte de nouvelles tensions sur les marchés énergétiques. Mercredi, le prix du gaz européen a franchi le seuil de 100 euros le mégawattheure pour la première fois depuis quatre ans, sous l’effet de la guerre au Moyen-Orient et de réserves européennes inférieures à celles de l’an dernier.

Pour la première économie européenne, fortement dépendante du gaz pour une partie de son industrie et de son chauffage, l’enjeu dépasse donc la seule disponibilité physique du combustible. Même si les infrastructures d’importation permettent d’écarter, à ce stade, le risque d’une pénurie, la remontée des cours pourrait de nouveau peser sur les coûts de production des entreprises et les factures des ménages. Un rappel que la sécurité des approvisionnements ne garantit pas, à elle seule, la stabilité des prix.

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