Berlin dégaine une nouvelle ristourne sur les carburants

18/09/2026
7 min

Le gouvernement de Friedrich Merz prévoit de réduire de 17 centimes par litre la fiscalité sur l’essence et le diesel jusqu’à la fin de l’année. Une réponse à l’envolée des prix de l’énergie qui intervient à la veille de deux élections régionales sensibles pour la coalition allemande.

Par Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

Face à la flambée des prix à la pompe, Berlin ressort l’arme fiscale. Le gouvernement allemand a annoncé vendredi un nouvel allègement sur l’essence et le diesel, destiné à soutenir le pouvoir d’achat des ménages et à réduire la facture des entreprises confrontées au renchérissement de l’énergie. Le dispositif doit entrer en vigueur le 1er octobre et s’appliquer jusqu’à la fin de l’année. La taxe sur l’énergie prélevée sur l’essence et le diesel sera réduite de 14 centimes par litre. En tenant compte de l’effet sur la TVA, le gain doit atteindre environ 17 centimes par litre à la pompe. L’effort représente environ 2,5 milliards d’euros pour les finances publiques, selon les estimations gouvernementales, dont la moitié serait supportée par les Länder. L’exécutif envisage déjà une deuxième étape. Berlin veut ouvrir des discussions avec l’industrie pétrolière en vue d’instaurer, au plus tard au 1er janvier 2027, un mécanisme de plafonnement des prix des carburants inspiré notamment des dispositifs existant au Luxembourg ou en Belgique. La mesure intervient alors que les prix allemands des carburants ont atteint des niveaux records. Le litre d’essence E10 a récemment culminé en moyenne à 2,286 euros, dans un contexte de forte tension sur le marché pétrolier international.

Une facture énergétique qui pèse sur la reprise

La décision dépasse la seule question du pouvoir d’achat. La hausse de l’énergie est redevenue l’un des principaux freins à la reprise de la première économie européenne. Selon le dernier diagnostic du ministère allemand de l’Économie, l’activité a commencé à perdre de son élan au début du troisième trimestre. La production du secteur des biens a reculé de 1,1 % entre juin et juillet tandis que les ventes au détail hors automobile ont chuté de 3,4 % en volume. Les commandes industrielles ont certes progressé de 2,5 % en juillet, atteignant leur plus haut niveau depuis décembre, mais cette amélioration tient largement à de grosses commandes liées aux marchés publics. Hors commandes exceptionnelles, la situation industrielle reste nettement moins favorable. Surtout, le choc énergétique commence à se transmettre aux prix. L’inflation allemande est remontée à 2,9 % sur un an en août, contre 2,8 % en juillet. Les prix de l’énergie ont bondi de 10,5 %, leur plus forte progression depuis février 2023, tandis que l’inflation sous-jacente est restée stable à 2,4 %. Cette pression réduit le revenu disponible des ménages et contribue à freiner la consommation. Le gouvernement estime désormais que la reprise économique observée au premier semestre s’est sensiblement essoufflée au troisième trimestre.

Le précédent du printemps

Berlin avait déjà employé le même levier au printemps. Entre le 1er mai et le 30 juin, la taxe sur l’énergie avait été abaissée de 14,04 centimes par litre sur l’essence et le diesel, soit environ 17 centimes une fois pris en compte l’effet de la TVA. Les autorités allemandes considèrent que cette première ristourne avait été largement répercutée sur les prix payés par les automobilistes. Le nouvel allègement reprend donc pratiquement à l’identique un mécanisme déjà testé quelques mois plus tôt. Mais son retour témoigne aussi de la difficulté de Berlin à sortir durablement de la crise énergétique. Les tensions au Moyen-Orient et les perturbations des approvisionnements par le détroit d’Ormuz ont fait remonter le pétrole au-dessus de 100 dollars le baril. La hausse touche directement les ménages mais aussi l’industrie, les transports et la logistique. La conjoncture reste parallèlement fragile. Le chômage corrigé des variations saisonnières a légèrement augmenté en août et l’emploi avait reculé de 14 000 personnes en juillet. Les défaillances d’entreprises restent également élevées : 24 867 procédures d’insolvabilité ont été enregistrées entre juillet 2025 et juin 2026, soit une hausse de 7,6 % sur un an.

Une annonce au calendrier politique sensible

Le calendrier donne inévitablement une dimension politique à la décision. Friedrich Merz avait promis dès mardi des mesures rapides pour les automobilistes, alors que son gouvernement fait face à une forte pression sur la question du coût de la vie. L’annonce intervient surtout à deux jours d’élections régionales à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Ces scrutins constituent un nouveau test pour la CDU du chancelier et pour la coalition fédérale entre conservateurs et sociaux-démocrates, dans un paysage politique marqué par la progression de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD).

« Ceux qui dépendent de leur voiture tous les jours ont atteint leur limite », a déclaré Friedrich Merz dans le communiqué gouvernemental, présentant l’allègement comme une réponse aux difficultés rencontrées par les ménages. La pression est particulièrement forte dans les zones rurales, où les possibilités de substitution à la voiture sont plus limitées. La question des carburants conjugue ainsi plusieurs sujets sensibles pour l’exécutif : inflation, pouvoir d’achat, compétitivité industrielle et mécontentement électoral.

Berlin pousse pour taxer les profits pétroliers

L’Allemagne cherche parallèlement une réponse au niveau européen. Le ministre des Finances, le social-démocrate Lars Klingbeil, défend avec plusieurs homologues européens le principe d’une taxation des bénéfices exceptionnels réalisés par les groupes énergétiques à la faveur de l’envolée des cours. Berlin, Madrid, Rome, Varsovie, Vienne et Lisbonne ont notamment demandé à la Commission européenne d’étudier cette piste. Bruxelles souligne toutefois que la fiscalité relève essentiellement des États membres et n’a, à ce stade, pas annoncé de projet européen en ce sens. Pour le gouvernement Merz, l’équation reste délicate. Une ristourne fiscale peut amortir rapidement le choc subi par les automobilistes, mais elle représente plusieurs milliards d’euros de recettes abandonnées et ne traite pas la cause première de la flambée des prix. Le ministère de l’Économie estime d’ailleurs que l’énergie restera le facteur déterminant de l’inflation allemande dans les prochains mois. Après un premier rabais au printemps, Berlin achète donc une nouvelle fois du temps — en attendant une détente sur les marchés pétroliers ou une solution européenne plus durable.

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