Automobile : les aides propulsent l’électrique, sur un marché français toujours fragile

Mobilité
01/09/2026
6 min

Les voitures électriques ont représenté 38 % des immatriculations neuves en août, un nouveau sommet après les 35 % de juillet. Leasing social, primes CEE et envolée des carburants accélèrent la transition. Mais cette performance masque la faiblesse persistante du marché automobile français et sa dépendance croissante aux mécanismes de soutien.

Par Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

Le marché automobile français change de moteur, mais peine toujours à retrouver sa puissance d’avant-Covid. En août, 94 351 voitures particulières neuves ont été immatriculées, soit une hausse de 2,3 % sur un an. Une amélioration qui ne suffit pas à ramener le marché vers ses niveaux d’avant la crise sanitaire. Surtout, cette progression repose de plus en plus sur l’électrique. Avec 36 159 immatriculations en août, les modèles 100 % électrique et à hydrogène ont capté 38 % du marché, après 35 % en juillet. Sur les huit premiers mois de l’année, 322 102 véhicules électriques ont été vendus, soit 29,9 % des immatriculations. « C’est un marché sous perfusion, qui se maintient grâce aux ventes de véhicules électriques portées par le leasing social », résume une porte-parole de la Plateforme automobile (PFA). Sans ce soutien, prévient l’organisation représentant constructeurs et équipementiers, le marché du neuf reculerait fortement.

Le leasing social change la donne

La troisième édition du leasing social, ouverte le 16 juillet, joue un rôle central. Le dispositif permet aux ménages modestes éligibles de louer une voiture électrique neuve pour moins de 200 euros par mois. Près de 29 800 commandes avaient déjà été enregistrées fin août, pour un objectif gouvernemental de 50 000 véhicules. L’aide couvre l’apport initial jusqu’à 6 500 euros et peut atteindre 9 500 euros lorsque la voiture, sa batterie et son moteur répondent aux critères de fabrication européenne. Le mouvement était déjà spectaculaire en juillet. Selon AAA Data, les immatriculations électriques avaient alors bondi à 44 378 unités, soit 35 % du marché. Chez les particuliers, leur part atteignait 37 % et 40 % dans les flottes. « Le lancement du nouveau leasing social le 16 juillet et son effet d’entraînement sur les offres des constructeurs créent un environnement qui accélère la transition vers l’électrique », observait début août Marie-Laure Nivot, responsable de l’analyse du marché automobile chez AAA Data. Un effet d’entraînement d’autant plus important que les constructeurs multiplient désormais les offres commerciales inspirées du dispositif public, y compris à destination des automobilistes qui n’y sont pas éligibles.

Le thermique décroche

La transition est aussi alimentée par la fiscalité. Depuis janvier, le malus CO₂ se déclenche dès 108 grammes par kilomètre et le seuil du malus au poids a été ramené à 1 500 kilos. En juillet, les immatriculations de voitures essence avaient ainsi chuté de 44 % sur un an et celles des diesels de 60 %, selon AAA Data. Les hybrides rechargeables reculaient également de 11 %.

« L’électrique s’installe comme la première motorisation choisie par les acheteurs », constate Marie-Laure Nivot. Août illustre, selon l’analyste, un marché « en profonde recomposition » sous l’effet conjugué de la fiscalité et des aides. La flambée des carburants ajoute une incitation supplémentaire. Fin août, le SP95-E10 comme le gazole restaient au-dessus de 2 euros le litre en moyenne en France, dans un contexte de tensions énergétiques provoquées par la guerre en Iran.

L’État passe progressivement le relais

Cette électrification accélérée intervient pourtant au moment où l’État cherche à limiter son exposition budgétaire. Les aides publiques directes sont davantage concentrées sur les véhicules neufs et les ménages modestes. Une partie du financement bascule vers les fournisseurs d’énergie, via les certificats d’économies d’énergie (CEE). Le « coup de pouce véhicules électriques », qui a succédé au bonus écologique, varie ainsi selon les revenus et peut être renforcé pour les modèles assemblés en Europe ou équipés d’une batterie européenne. Depuis le 1er septembre, le dispositif s’étend également aux véhicules électriques d’occasion, avec une aide de 340 euros, portée jusqu’à 2 360 euros pour certains professionnels de l’aide à domicile et des services à la personne. Cette architecture permet de continuer à soutenir la demande sans faire reposer l’intégralité de l’effort sur le budget de l’État. Elle constitue aussi un enjeu industriel. Les marques chinoises ont atteint 8 % du marché français en juillet, avec 9 935 immatriculations, malgré les droits de douane supplémentaires imposés aux électriques fabriquées en Chine. BYD, Xpeng et Leapmotor ont plus que doublé leurs volumes sur un an. Face à cette concurrence, les surprimes accordées aux véhicules et batteries fabriqués en Europe donnent à la politique automobile française une dimension de plus en plus industrielle.

Le paradoxe du marché français se précise ainsi : jamais l’électrique n’avait occupé une place aussi importante dans les ventes neuves, mais rarement la demande automobile n’avait été aussi dépendante des incitations fiscales, des dispositifs de leasing et du prix des carburants. Le cap des 38 % atteint en août témoigne d’une transition désormais rapide. Il reste à savoir si elle saura conserver le même rythme lorsque les aides diminueront.

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