Gaz : l’Europe aborde l’hiver avec des stocks bas et un risque de forte volatilité des prix

Sécurité énergétique
24/08/2026
15 min
L’Europe dispose d’environ 700 TWh de gaz stocké, mais la situation reste contrastée : l’Italie et la Pologne affichent les niveaux les plus confortables, tandis que l’Allemagne, premier marché gazier européen, reste le principal point de vigilance avec un remplissage proche de 50 %. ©Shutterstock

Avec des réserves nettement inférieures à leur niveau habituel à cette période de l’année, l’Europe aborde la dernière ligne droite avant l’hiver avec une marge de sécurité réduite. La fermeture quasi effective du détroit d’Ormuz a amputé le marché d’une grande partie du GNL qatari et émirati, tandis que les vagues de chaleur ont accru la consommation de gaz pour produire de l’électricité. La pénurie n’est pas le scénario central, mais l’équilibre devient suffisamment étroit pour maintenir une forte pression sur les prix durant l’hiver.

Par Laura Icart 

À l’approche de l’hiver, le marché européen du gaz retrouve un niveau de tension que les opérateurs n’avaient plus connu depuis plusieurs années. Le principal sujet d’inquiétude n’est pas, à ce stade, celui d’une pénurie physique généralisée, mais celui d’une nouvelle flambée des prix si plusieurs facteurs défavorables venaient à se cumuler : niveaux de stockage relativement faibles, hiver rigoureux, tensions sur le GNL, problèmes de production nucléaire ou hydraulique et incidents sur les grandes infrastructures d’approvisionnement. « Le risque principal, c’est le prix », résume Anne-Sophie Corbeau, spécialiste interrogée par Gaz d’aujourd’hui, qui estime que l’Europe pourrait entrer dans l’hiver avec des stocks autour de 65 à 70 %, un niveau inhabituellement faible à l’échelle du continent.

Stock en berne, marché tendu

Au 20 août, les installations européennes étaient remplies à environ 62 % de leur capacité, contre 74 % à la même époque en 2025, selon les données de Gas Infrastructure Europe citées par Reuters. Le niveau reste très inférieur à celui observé lors des derniers étés : en 2023 et 2024, les réserves européennes approchaient déjà 90 % à la mi-août. Cette faiblesse ne signifie pas que l’Europe manquera nécessairement de gaz cet hiver. Elle réduit en revanche considérablement son assurance contre une combinaison défavorable : un hiver froid, des approvisionnements qataris toujours perturbés et une forte demande asiatique de GNL. L'Oxford Institute for Energy Studies estimait encore en juin que les stockages européens pourraient atteindre 70 % fin octobre. Deux mois plus tard, il juge que les chances d’atteindre ce niveau se sont dégradées. La demande européenne de gaz reste certes nettement inférieure à celle observée avant la crise énergétique de 2022, en particulier dans l’industrie. Mais ce recul ne suffit pas à éliminer le risque. Avec une consommation désormais proportionnellement plus dépendante du résidentiel et de la production électrique, la météo devient déterminante. Un...

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