La Région Nouvelle-Aquitaine veut doubler sa production d’énergies renouvelables d’ici à 2035

Planification
29/07/2026
7 min
La production régionale d’énergies renouvelables atteint 46 TWh, en hausse de 36 % depuis 2010, ce qui place la Nouvelle-Aquitaine au quatrième rang des régions françaises. Cette production repose principalement sur la chaleur renouvelable, à hauteur de 24 TWh, devant l’électricité renouvelable, à 16 TWh, et le biométhane, à 1,3 TWh.©Shutterstock

Déjà quatrième région française pour la production d’énergies renouvelables, la Nouvelle-Aquitaine veut passer d’environ 47 TWh produits aujourd’hui à au moins 81 TWh en 2035. Solaire, éolien terrestre et maritime, biométhane, géothermie et chaleur renouvelable doivent contribuer à réduire une facture fossile estimée à 13,5 milliards d’euros par an.

Par Gaz d’aujourd’hui 

La Nouvelle-Aquitaine veut changer d’échelle. Réuni début juillet, le comité régional de l’énergie a adopté ses objectifs de développement des énergies renouvelables à l’horizon 2035. La trajectoire prévoit de porter la production régionale de 47 TWh en 2024 à au moins 81 TWh en 2035. Dans l’hypothèse la plus ambitieuse, elle pourrait atteindre 102 TWh, soit plus du double du niveau actuel. Ces propositions doivent désormais être transmises à la ministre chargée de l’Énergie dans le cadre de la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie. L’objectif affiché est double : accompagner l’électrification des usages et réduire fortement la dépendance régionale au pétrole, au gaz et au charbon. Les énergies fossiles représentaient encore 55 % de la consommation finale en 2025, contre 59 % dix ans plus tôt.

Près de 30 % de la consommation couverte par les renouvelables

Avec 46 TWh produits en 2025, les énergies renouvelables couvrent désormais 28,8 % de la consommation finale régionale. Leur production a progressé de 36 % depuis 2010 et de 37 % depuis 2015. La Nouvelle-Aquitaine se classe au quatrième rang des régions françaises en matière d’énergies renouvelables. Elle dispose d’un bouquet diversifié, qui associe le solaire, le bois-énergie, les pompes à chaleur, l’hydroélectricité, l’éolien, le biométhane et la géothermie. Les énergies renouvelables thermiques restent majoritaires, avec 24 TWh produits en 2025. Les chaufferies biomasse en représentent 11 TWh, le bois utilisé par les ménages 7 TWh, les pompes à chaleur 4 TWh et le biométhane 1,3 TWh. La production d’électricité renouvelable atteint pour sa part 16 TWh, soit plus du double de son niveau de 2015. Elle couvre désormais 42 % des besoins électriques de la région, contre 19 % dix ans auparavant.

Le solaire doit encore changer de dimension

Première région photovoltaïque de France, la Nouvelle-Aquitaine entend s’appuyer fortement sur le solaire pour atteindre ses objectifs. La feuille de route prévoit de porter la puissance installée à 10,3 GWc en 2035, voire à 15 GWc dans le scénario le plus élevé. Cette progression devra reposer sur les grandes centrales au sol, mais aussi sur les toitures, les bâtiments agricoles, les parkings et les espaces déjà artificialisés. Le développement des projets restera toutefois soumis aux contraintes de raccordement, à la disponibilité du foncier et à leur acceptation locale. L’éolien terrestre doit également monter en puissance. Le comité régional de l’énergie vise un parc compris entre 4,5 et 6,2 GW en 2035, soit une multiplication par deux ou trois des capacités existantes. Une accélération qui pose aussi la question de la répartition des installations. Les éoliennes sont aujourd’hui principalement concentrées dans les anciennes régions Poitou-Charentes et Limousin. La Gironde, les Landes et le Lot-et-Garonne en accueillent beaucoup moins, malgré l’étendue de leur territoire.

Quatre projets éoliens envisagés au large

La stratégie régionale intègre également l’éolien en mer. Un premier parc au large de la façade Sud-Atlantique pourrait entrer en service entre 2035 et 2040. À terme, quatre parcs sont envisagés, pour une puissance cumulée de 4,4 GW. Selon les estimations présentées, cette capacité correspondrait à la consommation électrique de plusieurs millions d’habitants. Ces projets devront toutefois franchir de nombreuses étapes de concertation, d’autorisation et de raccordement, dans un secteur où les enjeux environnementaux, paysagers et économiques sont particulièrement sensibles. La Région veut parallèlement multiplier par cinq le recours à la géothermie profonde et de surface, développer les réseaux de chaleur et mieux valoriser la chaleur produite par les activités industrielles ou les équipements publics.

Le biométhane couvre déjà 6 % des besoins en gaz

Autre axe de développement : les gaz renouvelables. La production régionale de biométhane a atteint 1,3 TWh en 2025, couvrant près de 6 % des besoins en gaz de la Nouvelle-Aquitaine. « La méthanisation agricole et territoriale doit poursuivre sa croissance, avec l’objectif de substituer progressivement une partie du gaz fossile importé » souligne le Comité énergie. Les biocarburants et, à plus long terme, l’hydrogène renouvelable figurent également dans le bouquet retenu par le comité régional. Pour les responsables régionaux, cette diversification doit permettre de sécuriser l’approvisionnement tout en évitant de faire reposer la transition sur une seule technologie.

Une facture fossile de 13,5 milliards d’euros par an

L’enjeu est aussi économique. Chaque année, la Nouvelle-Aquitaine dépense environ 13,5 milliards d’euros pour importer des énergies fossiles, selon Alain Rousset. Une somme qui quitte le territoire sans générer directement d’investissements locaux. « Ce sont autant de fuites financières qui privent nos territoires d’investissements productifs, d’emplois locaux et d’innovation », estime le président du Conseil régional. Il défend un développement « ambitieux, concerté et ajusté » des différentes filières renouvelables. Le secteur représenterait déjà plus de 60 000 emplois dans la région et générerait 205 millions d’euros de recettes fiscales pour les collectivités. La montée en puissance annoncée pourrait créer de nouveaux besoins dans l’installation, la maintenance, l’ingénierie, le bâtiment et l’adaptation des réseaux.

Les transports restent le premier poste de consommation

La consommation finale d’énergie régionale s’est établie à 156 à 157 TWh en 2025, en baisse d’environ 12 % depuis 2010 et de 11,2 % depuis 2015. Les transports restent de loin le premier secteur consommateur, avec 60 TWh, soit 38 % du total. Ils devancent le résidentiel, à 38 TWh, l’industrie, à 33 TWh, le tertiaire, à 20 TWh, et l’agriculture, à 7 TWh. Le logement a enregistré la plus forte diminution de consommation : celle-ci a reculé de 29 % depuis 2010 et de 17 % depuis 2015. La baisse globale ne suffit cependant pas à sortir la région de sa dépendance aux carburants et combustibles fossiles, notamment pour les déplacements et certains usages industriels.

Les émissions ont baissé de 18 % depuis 2010

Les émissions régionales de gaz à effet de serre ont atteint 42 millions de tonnes équivalent CO₂ en 2025, soit une baisse de 18 % depuis 2010 et de 14,5 % depuis 2015. Les transports demeurent le premier secteur émetteur, avec 19 millions de tonnes, soit 44 % du total. L’agriculture représente 27 % des émissions, devant l’industrie, le résidentiel et le tertiaire. Cette diminution s’explique par la baisse des consommations, le développement d’énergies moins carbonées et l’évolution de certaines pratiques agricoles et industrielles. Mais le rythme devra encore s’accélérer pour respecter les objectifs climatiques nationaux. « La multiplication des épisodes de chaleur rappelle la nécessité absolue » d’amplifier la transition énergétique, rappelle Sophie Brocas, la nouvelle préfète de Gironde, qui défend une trajectoire devant concilier décarbonation, préservation des territoires et souveraineté énergétique, tout en maintenant la stabilité du réseau électrique.

Reste désormais à transformer les objectifs votés en projets concrets. Le développement des capacités de production devra s’accompagner d’un renforcement du réseau électrique, de procédures plus rapides et d’une concertation locale, dans une région où certains projets d’énergies renouvelables suscitent régulièrement des débats.

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