Face aux canicules, les villes accélèrent le développement des réseaux de froid

Canicule
16/07/2026
4 min
Exploité par Fraîcheur de Paris, le réseau de froid de la capitale dessert plus de 900 bâtiments grâce à 110 kilomètres de canalisations, 15 sites de production et quatre sites de stockage, pour 450 GWh de froid distribués chaque année. Parmi ses principaux clients figurent le Louvre, raccordé depuis 1986 avec une puissance de 12,5 MW, le Forum des Halles depuis 1979, les Galeries Lafayette, l’Opéra Garnier, l’Hôtel de Ville, Station F et la Samaritaine.©Shutterstock

Encore concentrés dans les grandes métropoles et les bâtiments tertiaires, ces systèmes centralisés de rafraîchissement suscitent un intérêt croissant. Engie et Veolia annoncent de nouveaux programmes, alors que la France ne compte aujourd’hui qu’une cinquantaine de réseaux. Ce 16 juillet, l’énergéticien français a annoncé le lancement de 100 études de potentiel en partenariat avec Villes de France.

Par Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

La multiplication des épisodes de chaleur pousse les collectivités et les énergéticiens à accélérer le développement des réseaux de froid urbain. Ces infrastructures produisent de l’eau glacée dans des installations centralisées, puis la distribuent par des canalisations à plusieurs bâtiments afin d’assurer leur rafraîchissement. Leur déploiement reste encore limité en France, mais le gouvernement souhaite doubler leur capacité d’ici à 2030 et la tripler à l’horizon 2040.

S’adapter sans créer les conditions du réchauffement

Le groupe estime que les projets susceptibles d’émerger de cette initiative pourraient concerner jusqu’à 5 millions de personnes. Les collectivités candidates doivent être examinées par un comité de sélection à partir du 1er septembre. L’entreprise exploite déjà 26 réseaux de froid en France, notamment à Paris, Marseille, Levallois-Perret et Cannes. Le pays en compte environ une cinquantaine au total, principalement implantés dans les grandes agglomérations et raccordés à des commerces, des bureaux, des équipements culturels ou des bâtiments publics. Veolia affirme, de son côté, avoir identifié 100 sites susceptibles d’accueillir des réseaux capables de produire simultanément du chaud et du froid à partir d’énergies locales, renouvelables ou de récupération. Selon le groupe, ces installations pourraient desservir jusqu’à 3 millions de personnes. « Les réseaux combinés de chaleur et de froid répondent à la fois aux enjeux climatiques, énergétiques et économiques des territoires », estime Jean-François Nogrette, directeur général de Veolia France. Pour Frank Lacroix, directeur général adjoint d’Engie, ces infrastructures permettent de « s’adapter au changement climatique sans créer les conditions du réchauffement ».

Une demande de froid appelée à progresser

Les réseaux de froid sont présentés par leurs promoteurs comme une alternative collective à la multiplication des climatiseurs individuels. Une production centralisée peut limiter le nombre d’équipements installés dans les bâtiments, réduire l’usage des fluides frigorigènes et diminuer les rejets de chaleur dans l’espace public, qui contribuent aux îlots de chaleur urbains. Ils sont particulièrement adaptés aux zones denses et aux bâtiments nécessitant une température contrôlée, comme les hôpitaux, les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, les crèches ou les écoles. La demande de froid pourrait atteindre 34 térawattheures par an en France d’ici à 2050, contre moins de 20 TWh aujourd’hui, selon les projections citées par Engie. Cette progression s’explique par l’augmentation des températures, mais aussi par l’évolution des usages dans les bâtiments tertiaires et les équipements publics. Le développement de ces réseaux suppose toutefois des investissements importants et une densité suffisante de bâtiments à raccorder. Leur économie dépend notamment de la longueur des canalisations, du nombre de clients, de la disponibilité de sources locales de froid et de la capacité des collectivités à planifier les travaux sur plusieurs années.

Des infrastructures elles-mêmes exposées aux fortes chaleurs

Le Haut Conseil pour le climat considère les réseaux de froid comme l’un des outils d’adaptation aux canicules. Leur capacité à fonctionner lors des épisodes les plus intenses reste néanmoins un sujet de vigilance. Pendant la vague de chaleur de la fin juin, plusieurs installations parisiennes ont atteint leurs limites de fonctionnement. Des bâtiments raccordés ont signalé des difficultés de rafraîchissement, notamment le cinéma UGC des Halles. Ces incidents rappellent que les réseaux centralisés ne mettent pas les villes à l’abri des défaillances et doivent être dimensionnés pour des températures plus élevées et des besoins simultanés plus importants. Leur extension pose également la question des sources d’énergie utilisées pour produire le froid. Le bénéfice climatique dépend du rendement des installations, du mix électrique et du recours éventuel à des ressources locales, comme l’eau des rivières, des nappes, de la mer ou la récupération de froid industriel.

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