Canicule en France : deux records de chaleur battus en deux jours, le pays sous tension

Climat
24/06/2026
7 min
Sous une chaleur historique, la France a battu deux jours de suite son record national de température, avec jusqu’à 43,8 °C relevés mercredi 24 juin en Vendée et dans les Landes. La canicule doit encore se prolonger sur une large partie du pays.©Franck Legros / Shutterstock

La France a connu, mercredi 24 juin, la journée la plus chaude jamais mesurée à l’échelle nationale depuis le début des relevés en 1947. Après un premier record établi mardi, les températures ont encore progressé, dépassant localement 43 °C. La chaleur devrait persister pendant le week-end sur une grande partie du pays, tandis que le risque d’incendie augmente.

Par Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

La France vient de traverser deux journées historiques. Mercredi 24 juin 2026, l’indicateur thermique national a atteint provisoirement 30 °C, selon les données établies à 17 h par Météo-France. Cet indicateur correspond à la moyenne des températures relevées le jour et la nuit dans 30 stations de référence réparties sur le territoire. Le précédent record n’aura tenu que 24 heures. Mardi, l’indicateur avait déjà atteint 29,9 °C, dépassant les valeurs observées lors des canicules de juillet 2019 et d’août 2003. La moyenne nationale des températures maximales a également atteint un niveau inédit mardi, avec 38,2 °C. Le précédent record, établi le 5 août 2003, était de 37,7 °C.

Jusqu’à 43,8 °C en Vendée et dans les Landes

La chaleur a été particulièrement intense dans l’ouest et le sud-ouest du pays. Les températures les plus élevées de la journée de mercredi ont été enregistrées à Palluau, en Vendée, et à Pissos, dans les Landes, avec 43,8 °C. À Fontenay-le-Comte, en Vendée, le thermomètre a atteint 43,7 °C. Il est monté jusqu’à 43,6 °C à Cazaux, en Gironde, et à 43,4 °C à La Couronne, près d’Angoulême. Des records absolus ont également été battus dans plusieurs villes. À Nantes-Bouguenais, les températures ont atteint 42,2 °C, dépassant un précédent record établi la veille. À Vannes, dans le Morbihan, les 42 °C relevés constituent une valeur exceptionnelle pour la Bretagne, même si la station météorologique est relativement récente. Paris a, de son côté, franchi la barre des 40 °C pour la première fois de l’année. Avec 40,3 °C, la capitale n’avait dépassé ce seuil qu’à trois autres reprises en près de 150 ans de mesures.

Une vigilance rouge d’une ampleur inédite

L’épisode, commencé mercredi 17 juin, s’est progressivement étendu à la quasi-totalité du pays. Jeudi, à partir de midi, 72 départements doivent être placés en vigilance rouge canicule. Une quinzaine d’autres resteront en vigilance orange. Une telle extension de la vigilance rouge est inédite en France. Météo-France évoque des températures « exceptionnellement élevées, de jour comme de nuit », avec des nuits qui ne permettent pas toujours aux organismes et aux logements de se rafraîchir. Mercredi, 58 départements étaient déjà concernés par le niveau rouge. Le dispositif a ensuite été étendu vers le nord-est du pays. La vigilance rouge correspond au niveau d’alerte le plus élevé. Elle concerne l’ensemble de la population, et pas uniquement les personnes les plus fragiles. Les personnes âgées, les nourrissons, les malades chroniques, les travailleurs exposés et les personnes vivant dans des logements mal isolés restent néanmoins les plus vulnérables.

Un rafraîchissement limité à l’ouest

Une baisse des températures doit commencer à se faire sentir à partir de jeudi soir sur la façade atlantique. Onze départements de l’ouest et du sud-ouest devraient ainsi repasser en vigilance orange dans la soirée. Ce rafraîchissement sera accompagné d’orages parfois violents, avec un risque de fortes rafales de vent et de grêle. Mais cet air moins chaud aura du mal à progresser vers le reste du territoire. Les conditions caniculaires devraient donc se maintenir pendant le week-end sur une grande partie de la France. Les températures maximales pourraient encore atteindre 40 à 42 °C dans plusieurs régions, avec des nuits toujours très chaudes. Dimanche, les fortes chaleurs devraient persister sur toute la moitié est du pays. La semaine suivante devrait être moins extrême. Les températures resteraient cependant supérieures de 2 à 3 °C aux normales saisonnières, contre un écart proche de 10 °C à l’échelle nationale pendant le pic actuel.

Le risque de feux de forêt s’accentue

La chaleur extrême ne constitue pas le seul danger. Les températures élevées, associées à un air très sec et à des vents parfois modérés, augmentent fortement le risque de départs et de propagation des incendies. Plus de 30 départements étaient déjà classés en danger élevé sur la carte de la Météo des forêts. Plusieurs doivent atteindre le niveau de danger très élevé, pour la première fois de la saison. Les sols et la végétation se dessèchent rapidement. Dans ces conditions, une simple étincelle, un mégot ou l’utilisation d’un outil produisant de la chaleur peuvent suffire à déclencher un incendie.

Le gouvernement se prépare à un été sans répit

Face à la durée encore incertaine de l’épisode, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a prévenu les membres du gouvernement qu’ils pourraient devoir renoncer à une partie de leurs vacances d’été. Lors du conseil des ministres de mercredi, il leur a demandé d’anticiper un scénario dans lequel il n’y aurait pas « de vacances à proprement parler », même si des temps de repos resteraient possibles. Les congés éventuellement maintenus devraient, dans la mesure du possible, être pris en France. Tout déplacement à l’étranger devrait être signalé. Cette consigne vise notamment à éviter le souvenir politique de la canicule de 2003. Cette année-là, la vague de chaleur avait provoqué environ 15 000 décès en France. L’apparition télévisée du ministre de la Santé de l’époque, Jean-François Mattei, depuis son lieu de vacances, avait suscité une vive polémique. Météo-France estime que l’intensité de l’épisode actuel est comparable à celle d’août 2003, même si sa durée reste encore difficile à déterminer.

Des épisodes appelés à devenir plus fréquents

Pour les spécialistes du climat, cette canicule s’inscrit dans une tendance de fond. Le président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, Jim Skea, estime que l’Europe connaîtra « inévitablement » davantage d’épisodes de chaleur extrême. Selon lui, les journées les plus chaudes se réchauffent plus rapidement que les températures moyennes. Avec un réchauffement mondial de 2 °C, le jour le plus chaud de l’année pourrait ainsi devenir de 3 à 3,5 °C plus chaud. Le climatologue français Robert Vautard, directeur de recherche au CNRS et coprésident d’un groupe de travail du Giec, observe que l’évolution des températures extrêmes en Europe de l’Ouest figure parmi les plus rapides au monde. Les modèles climatiques anticipent bien la multiplication et l’intensification des épisodes de chaleur. Mais les extrêmes observés dans certaines régions d’Europe occidentale dépassent parfois les projections régionales. Les chercheurs tentent encore d’en déterminer précisément les causes, entre variabilité naturelle, évolution des courants atmosphériques, fonte du Groenland et baisse de certains aérosols polluants.

Pour Météo-France, la configuration météorologique pourrait rester propice à des températures élevées au cours des prochaines semaines. Le pic historique de cette fin juin devrait perdre en intensité, mais le risque de nouvelles périodes de forte chaleur pendant l’été ne peut pas être écarté.

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