Les émissions de gaz à effet de serre ont davantage baissé que prévu en 2024 et 2025

Climat
16/06/2026
7 min
Après des reculs de 17,6 % en 2023 et de 15,1 % en 2024, les émissions de l’industrie de l’énergie cesseraient de diminuer en 2025.©shutterstock

La France continue de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, mais à un rythme qui ralentit. Selon l’édition 2026 du rapport Secten, les émissions nationales, hors puits de carbone, ont atteint 367 millions de tonnes équivalent CO₂ — Mt CO₂e — en 2024. Il s’agit du résultat définitif de l’inventaire national, validé dans le cadre des procédures internationales. Ce niveau représente une diminution de 11,2 Mt CO₂e par rapport à 2023, soit une baisse de 3 %. Pour 2025, le Citepa évalue les émissions à 359 Mt CO₂e, à partir de son inventaire fondé sur les données consolidées de 2024 et sur des indicateurs d’activité plus récents. Le recul serait ainsi de 7,6 Mt CO₂e, soit 2,1 % en un an.

Des résultats « plus favorables » qu’annoncé

Ces résultats sont plus favorables que les premières estimations diffusées au début de 2026. Le baromètre mensuel tablait alors sur une baisse de 1,8 % en 2024 et de l’ordre de 1,5 % en 2025. La révision tient notamment « à une meilleure prise en compte de la diminution des émissions liées à la production d’électricité à La Réunion, à la sidérurgie et aux gaz fluorés utilisés dans les équipements de réfrigération » indique le Citepa.

L’énergie explique près de la moitié de la baisse de 2024


En 2024, l’ensemble des grands secteurs économiques ont contribué à la diminution des émissions. L’évolution la plus spectaculaire concerne l’industrie de l’énergie, dont les rejets ont reculé de 5,5 Mt CO₂e, soit 15,1 % en un an. Ce secteur représente à lui seul près de la moitié de la baisse nationale constatée entre 2023 et 2024. L’industrie manufacturière et la construction ont réduit leurs émissions de 2,3 Mt CO₂e, soit 3,6 %. Les transports enregistrent un recul plus limité, de 1,5 Mt CO₂e, ou 1,2 %. Les baisses atteignent également 0,9 Mt CO₂e dans les bâtiments – soit 1,6 % –, 0,6 Mt dans l’agriculture – 0,7 % – et 0,3 Mt dans le traitement centralisé des déchets, soit 2,2 %. En 2025, la contribution des différents secteurs se modifie. L’industrie manufacturière devient le premier moteur de la baisse, avec une réduction estimée à 3,2 Mt CO₂e, soit 5,2 %. La diminution est notamment liée au recul de l’activité dans la chimie, la métallurgie et la production de ciment. Les transports arrivent en deuxième position, avec une baisse de 2,4 Mt CO₂e, soit 1,9 %. Leurs émissions passeraient de 125 Mt CO₂e en 2024 à environ 123 Mt en 2025. Ils demeurent toutefois le premier secteur émetteur du pays et suivent, selon le Citepa, une trajectoire de réduction trop lente pour atteindre l’objectif fixé à l’horizon 2030. Le seul transport routier représentait 117 Mt CO₂e en 2024, soit près d’un tiers des émissions nationales. Les bâtiments enregistreraient une baisse de 1,2 Mt CO₂e, ou 2,1 %, favorisée par une moindre consommation de gaz et de fioul domestique. Cette évolution reste cependant très dépendante des températures : le Citepa estime que les émissions des bâtiments auraient atteint 58,7 Mt CO₂e en 2025 après correction des variations climatiques, contre 54,6 Mt à climat réel.

Une stabilisation des émissions de l’énergie en 2025


Après des reculs de 17,6 % en 2023 et de 15,1 % en 2024, les émissions de l’industrie de l’énergie cesseraient de diminuer en 2025. Elles progresseraient légèrement, de 31,2 à 31,4 Mt CO₂e, soit une hausse de 0,2 Mt ou 0,6 %. Cette stabilisation résulte de plusieurs mouvements contraires. La production nucléaire a augmenté de 11 térawattheures, soit 3 %, tandis que la production hydraulique a diminué de 13 TWh, ou 17 %. Cette baisse a été partiellement compensée par la progression du solaire, de 8 TWh et 33 %, et de l’éolien, de 3 TWh et 6 %. Dans le même temps, les émissions des raffineries seraient passées de 6,9 à 7,1 Mt CO₂e, en raison d’un regain de l’activité de raffinage.

Des résultats annuels meilleurs que les seuils indicatifs

Les niveaux constatés en 2024 et estimés en 2025 sont inférieurs aux tranches annuelles indicatives inscrites dans le dernier projet de troisième Stratégie nationale bas-carbone, la SNBC 3. Ces tranches s’établissent à 369 Mt CO₂e pour 2024 et à 364 Mt pour 2025. Avec respectivement 367 Mt et 359 Mt, la France se situe donc, pour ces deux années, sous les plafonds envisagés. Cette comparaison ne suffit cependant pas à garantir le respect du budget carbone. Le projet de SNBC 3 prévoit une moyenne maximale de 342 Mt CO₂e par an entre 2024 et 2028, afin de ramener les émissions françaises à 274 Mt CO₂e en 2030. « Pour respecter cette moyenne après deux premières années encore nettement supérieures à 342 Mt, les réductions devront s’accélérer ». Le Citepa estime que des baisses annuelles de l’ordre de 5 % à 6 % seront nécessaires à partir de 2026, contre 3 % en 2024 et 2,1 % en 2025.

Un recul de 5,2 % au premier trimestre 2026

Les premières données de 2026 offrent, à ce stade, un signal plus favorable. Selon le baromètre mensuel présenté en avant-première dans le rapport, les émissions françaises hors utilisation des terres et forêt auraient atteint 98,1 Mt CO₂e au premier trimestre, contre 103,5 Mt au cours des trois premiers mois de 2025. La diminution serait de 5,4 Mt CO₂e, soit 5,2 %. La plus forte contribution provient des bâtiments, dont les émissions reculent de 2,52 Mt CO₂e, ou 11,9 %, sous l’effet notamment d’un mois de février exceptionnellement doux et d’une baisse des consommations de chauffage. Les transports diminuent de 1,24 Mt, soit 4,3 %, et l’industrie manufacturière de 1,03 Mt, ou 6 %. L’industrie de l’énergie réduit ses rejets de 0,62 Mt, soit 6,4 %. « Ces chiffres trimestriels doivent toutefois être interprétés avec prudence. Ils restent sensibles aux conditions météorologiques, aux variations conjoncturelles de l’activité économique et à la consommation d’énergie » rappelle le Citepa.


Les polluants atmosphériques poursuivent également leur recul


Le rapport fait aussi état d’une diminution de la plupart des grands polluants atmosphériques, quoique à des rythmes variables. Entre 2023 et 2024, les émissions de dioxyde de soufre – SO₂ – ont baissé de 7,6 kilotonnes, soit 9,7 %. Leur recul ne serait plus que de 0,5 kilotonne, ou 0,7 %, en 2025. Les émissions d’oxydes d’azote – NOx – ont diminué de 32 kilotonnes en 2024, soit 4,7 %, puis de 16 kilotonnes en 2025, ou 2,5 %. Les émissions de particules fines PM₂,5 ont reculé de 5,9 kilotonnes en 2024 et de 1,2 kilotonne en 2025. Celles des composés organiques volatils non méthaniques, après ajustement, ont diminué respectivement de 14 et de 4 kilotonnes. Pour 2025, le Citepa estime les émissions à 70 kilotonnes pour le SO₂, 632 kilotonnes pour les NOx, 166 kilotonnes pour les PM₂,5 et 631 kilotonnes pour les composés organiques volatils non méthaniques. Ces niveaux sont inférieurs aux objectifs d’émissions fixés par le Plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques pour la période 2025-2029. Le rapport souligne la persistance de dépassements locaux, en particulier pour le dioxyde d’azote et l’ozone. À partir de 2030, les valeurs limites européennes seront fortement abaissées : de 25 à 10 microgrammes par mètre cube pour les PM₂,5, et de 40 à 20 microgrammes pour le NO₂. Selon les données citées par le Citepa, 56 agglomérations françaises pourraient dépasser ces futurs seuils si les concentrations actuelles restaient inchangées.


Si la baisse des émissions françaises est réelle et concerne la plupart des secteurs, son ralentissement en 2024 et 2025 « laisse peu de marge » estime le Citepa. Les résultats du début de 2026 devront se prolonger sur l’ensemble de l’année pour rapprocher durablement la France de ses objectifs climatiques.

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