Quatre infos à retenir cette semaine

En bref...
31/05/2026
10 min
©Pierre Laborde / Shutterstock

Cette semaine, le « Bilan environnemental de la France 2025 » souligne des progrès dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre mais aussi l’ampleur des investissements nécessaires à l’adaptation climatique, et Marine Tondelier place la santé environnementale au cœur de son projet présidentiel. Dans le même temps, la Cour des comptes s’interroge sur la pertinence économique de la renationalisation complète d’EDF, estimant que les bénéfices de l’opération à 9,7 milliards d’euros restent à démontrer. Enfin, le FMI, la Banque mondiale, l’AIE et l’OMC alertent sur les conséquences mondiales de la guerre au Moyen-Orient et sur le risque de tensions pétrolières liées aux perturbations du trafic dans le détroit d’Ormuz, un axe par lequel transite près de 20 % du commerce mondial d’hydrocarbures.

Par Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

France : des progrès environnementaux réels, mais des défis climatiques toujours majeurs

Dix ans après l’accord de Paris, la France affiche des avancées notables en matière d’environnement tout en restant confrontée à des défis majeurs liés au changement climatique. Selon le « Bilan environnemental de la France 2025 », les émissions de gaz à effet de serre ont atteint 369 millions de tonnes équivalent CO₂ en 2024, soit une baisse de 32 % par rapport à 1990, tandis que les aires terrestres protégées couvrent désormais 31,2 % du territoire national, dépassant l’objectif européen de 30 %. Malgré ces résultats, les experts soulignent que les efforts actuels demeurent insuffisants pour respecter la trajectoire limitant le réchauffement mondial à 1,5 °C. « Le changement climatique demeure la principale préoccupation des Français, suivi des catastrophes naturelles et des pollutions », souligne le rapport. La situation reste préoccupante puisque la température moyenne en France métropolitaine a déjà augmenté de 2,1 °C entre 2015 et 2024 par rapport à la période 1900-1930, tandis que près de 18 millions de personnes vivent dans des zones potentiellement exposées aux inondations. Face à ces enjeux, les dépenses environnementales ont atteint 100 milliards d’euros en 2023, soit 3,5 % du PIB, témoignant d’une mobilisation croissante des acteurs publics et privés pour accélérer la transition écologique.

Présidentielle : Marine Tondelier dévoile ses mesures pour la santé environnementale

Planifier la sortie progressive des pesticides de synthèse à l’horizon 2050, interdire les aliments ultratransformés dans les cantines, bannir les perturbateurs endocriniens et les substances cancérogènes dans les produits du quotidien ou garantir un accès à la nature : Marine Tondelier a dévoilé samedi ses mesures pour la santé environnementale. « La santé environnementale doit constituer un droit fondamental du XXIᵉ siècle« , estime la patronne des Écologistes et candidate pour la présidentielle de 2027 dans un livret rendu public samedi. Défendant « la sécurité à 360°« , qui ne se limite pas à l’ordre public, mais inclut la « capacité à vivre dans un environnement qui ne vous rend pas malades« , la candidate à la primaire de la gauche veut « faire de l’espérance de vie en bonne santé le nouveau référentiel de l’action publique« . Cela passe par l’approche globale « One Health« , qui rend indissociable la santé humaine, animale et environnementale, explique-t-elle, en proposant à la fois des mesures sur la santé, la pollution, l’agriculture, la biodiversité et la condition animale. Elle propose ainsi de mettre en place un nouveau « pacte agricole » entre l’État et les agriculteurs, pour planifier « la sortie progressive des pesticides de synthèse et des engrais azotés à l’horizon 2050« , et instaurer « un fonds de transition agricole » pour les accompagner vers l’agroécologie. Contre la malbouffe, elle prévoit d’interdire les aliments ultratransformés dans les cantines scolaires et la publicité à la télévision pour les produits trop sucrés et trop salés avant 21 heures. Elle veut aussi interdire les perturbateurs endocriniens, les substances cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques et les polluants éternels (PFAS) dans les produits du quotidien (alimentation, textiles, protections hygiéniques, produits de beauté). L’écologiste propose également de garantir « un accès à la nature« , avec une « stratégie 300/30/3« : « Chacun doit pouvoir accéder à un espace vert à maximum 300 mètres de chez soi« , dans chaque quartier, au minimum 30 % du territoire « doit être couvert de feuillage en été (toitures végétalisées, espaces verts, etc.)« , et « chaque citoyen doit voir au minimum trois arbres depuis chez soi« . Elle souhaite aussi instaurer une TVA verte, créer un fonds national d’indemnisation et de dépollution financé par les industries les plus polluantes et appliquer systématiquement le principe pollueur-payeur.  Elle prévoit de généraliser les régies publiques de l’eau et de « favoriser le temps passé à l’extérieur« , en développant des initiatives comme « l’école dehors ». La secrétaire nationale des Écologistes avait déjà proposé début mai la création d’un congé payé climatique de cinq jours par an, destiné à faire face aux vagues de chaleur.

EDF : la Cour des comptes juge que le rachat intégral par l’État n’a pas encore démontré son utilité

Trois ans après l’annonce de la renationalisation complète d’EDF, la Cour des comptes livre une appréciation nuancée de l’opération. Dans un rapport consacré à la prise de contrôle intégrale du groupe par l’État publié cette semaine, les magistrats financiers soulignent que l’opération, achevée en juin 2023, s’est déroulée dans des conditions juridiques et financières satisfaisantes mais s’interrogent sur sa pertinence économique au regard de son coût budgétaire. Celui-ci a atteint 9,7 milliards d’euros, ce qui en fait « l’opération d’acquisition la plus élevée » réalisée par l’Agence des participations de l’État depuis sa création. La Cour rappelle que l’État détenait déjà, directement et via Bpifrance, 83,7 % du capital d’EDF avant l’opération et exerçait un contrôle étroit sur l’entreprise. Selon elle, ni les impératifs de souveraineté énergétique, ni les besoins de financement du groupe, ni même la volonté de renforcer son pilotage ne rendaient indispensable une détention à 100 % du capital. « L’intérêt pour l’État de la prise de contrôle à 100 % de la société EDF n’est pas démontré à ce jour », conclut le rapport. Les magistrats observent notamment que l’opération n’a apporté aucun financement nouveau à l’entreprise. Le rachat des titres détenus par les actionnaires minoritaires a constitué un transfert financier vers ces derniers sans renforcer directement les capacités d’investissement du groupe, alors même qu’EDF doit faire face à des besoins considérables pour la maintenance du parc existant, le développement des réseaux et la construction de six nouveaux réacteurs EPR2, évaluée à 72,8 milliards d’euros.

La Cour reconnaît toutefois que l’opération est intervenue dans un contexte exceptionnel. En 2022, EDF faisait face à une crise industrielle liée aux problèmes de corrosion sous contrainte affectant plusieurs réacteurs nucléaires, à une forte dégradation de sa situation financière et aux conséquences des mesures gouvernementales destinées à contenir la flambée des prix de l’électricité. Cette année-là, le groupe a enregistré une perte nette record de 17,9 milliards d’euros et une dette proche de 64 milliards d’euros. EDF défend néanmoins cette opération, qu’elle juge conforme aux « standards attendus ». Son PDG, Bernard Fontana, rappelle qu’elle est intervenue dans un contexte marqué par la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine, les incertitudes autour du mécanisme Arenh et les problèmes de corrosion affectant une partie du parc nucléaire. Pour l’électricien, la détention à 100 % par l’État constitue surtout un levier pour mener à bien le programme de nouveaux réacteurs EPR, considéré comme stratégique pour la souveraineté énergétique du pays et nécessitant un soutien public de long terme. Au-delà du débat sur la nationalisation, la Cour des comptes pointe désormais un enjeu central : la clarification du soutien financier de l’État à EDF. Elle recommande à l’Agence des participations de l’État de préciser, avant la publication des comptes 2026, la politique de dividendes appliquée au groupe afin d’améliorer la visibilité de sa trajectoire financière.

Les institutions internationales alertent sur un risque de tension pétrolière mondiale

Le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont mis en garde, vendredi 29 mai, contre les conséquences économiques croissantes de la guerre au Moyen-Orient. Dans une déclaration commune, les dirigeants des quatre institutions soulignent que les stocks mondiaux de pétrole se réduisent « à un rythme record » en raison de la forte baisse des flux transitant par le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite habituellement près de 20 % du commerce mondial d’hydrocarbures. Selon eux, si le trafic maritime ne retrouve pas rapidement un fonctionnement normal, la poursuite du déstockage à l’approche du pic de consommation estivale dans l’hémisphère Nord pourrait faire peser des risques accrus sur la sécurité énergétique et la stabilité économique mondiale. Les organisations internationales estiment que les conséquences du conflit restent très inégales selon les régions. Les pays émergents et les économies les plus vulnérables sont particulièrement exposés à la hausse des prix de l’énergie et des engrais, ces derniers constituant une source d’inquiétude majeure à l’approche des semis agricoles. « Si l’économie mondiale continue de faire preuve de résilience, les effets du conflit touchent de manière disproportionnée les pays les plus vulnérables », soulignent les quatre institutions.

Réunis à Washington dans le cadre du groupe de coordination mis en place en avril, le FMI, la Banque mondiale, l’AIE et l’OMC ont indiqué renforcer leur suivi des marchés de l’énergie, des chaînes d’approvisionnement en engrais et des réponses gouvernementales à la crise. L’objectif est de coordonner les soutiens aux pays les plus affectés et de prévenir une dégradation plus large des conditions économiques mondiales. Mi-avril, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, avait estimé entre « 20 et 50 milliards de dollars les besoins potentiels d’aide supplémentaires » liés aux conséquences du conflit.

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