Londres acte la fin de l’ère fossile et accélère sa mue électrique

Crise énergétique
22/04/2026
6 min
Pour Londres, l’enjeu est double : contenir la volatilité des prix à court terme et bâtir, à plus long terme, un système énergétique capable de résister aux crises à répétition des marchés fossiles.©Shutterstock

Face à une nouvelle flambée des prix des hydrocarbures sur fond de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, le Royaume-Uni change de braquet. Le gouvernement de Keir Starmer a annoncé ce 21 avril une série de mesures pour rompre avec la dépendance aux combustibles fossiles et bâtir un système énergétique centré sur l’électricité décarbonée.

Par Gaz d’aujourd’hui 

« L’ère de la sécurité fondée sur les combustibles fossiles est révolue » tranche le ministre de l’Énergie Ed Miliband. Moins de cinq ans après un premier choc énergétique, Londres estime que la répétition des crises liées au gaz et au pétrole impose une transformation structurelle. Derrière cette déclaration, une stratégie : découpler progressivement le prix de l’électricité de celui du gaz, afin de protéger ménages et entreprises de la volatilité des marchés internationaux.

Rompre le lien entre le prix du gaz et celui de l’électricité

La réponse de Londres s’articule autour d’un axe central : rompre le lien entre le prix du gaz et celui de l’électricité. Dans le système actuel, hérité des marchés libéralisés, les centrales à gaz — souvent appelées en dernier pour équilibrer le réseau — fixent le prix de l’ensemble de l’électricité. Une mécanique qui renchérit les factures, même lorsque l’électricité est produite à partir de sources moins coûteuses comme les renouvelables ou le nucléaire. Pour y remédier, l’exécutif prévoit d’étendre les contrats à prix fixe de long terme aux producteurs d’électricité bas carbone. Environ un tiers de la production actuelle, encore exposée aux prix de gros liés au gaz, pourrait ainsi basculer vers des tarifs stabilisés. L’objectif est de sécuriser ces volumes via des tarifs stabilisés, afin d’amortir les futurs chocs énergétiques. En parallèle, la taxation des profits exceptionnels des producteurs sera renforcée, avec une hausse de la « electricity generator levy » de 45 à 55 %. « Les ménages ne doivent pas supporter les hausses des prix du gaz pendant que certains producteurs réalisent des profits exceptionnels » indique Rachel Reeve, ministre des Finances qui souligne vouloir « corriger une distorsion ».

Accélération massive des renouvelables

Au-delà de la régulation des prix, Londres veut surtout accélérer l’offre. Le gouvernement annonce la mise à disposition de terrains publics — friches industrielles, emprises ferroviaires, foncier administratif — pour accueillir panneaux solaires et éoliennes. L’objectif affiché : libérer jusqu’à 10 GW de capacité supplémentaire, soit l’équivalent de la consommation de 5 millions de foyers. Déjà, la part du gaz dans la formation des prix de l’électricité est passée d’environ 90 % au début des années 2020 à 60 % aujourd’hui. L’exécutif vise une réduction à 50 % d’ici 2030, avec en ligne de mire un objectif plus ambitieux : une électricité 100 % décarbonée à cet horizon. Cette stratégie s’inscrit dans un mouvement plus large en Europe. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a récemment appelé à intensifier l’électrification du continent et devrait présenter un grand plan le 19 mai, tandis que plusieurs États, dont la France, multiplient les plans de réduction de leur dépendance aux importations fossiles.

Réformes structurelles et électrification des usages

Londres entend également lever les freins administratifs qui ralentissent les projets énergétiques. Une réforme en profondeur des règles d’urbanisme, d’accès au foncier et de raccordement au réseau est annoncée, afin de réduire les délais de développement. Dans le même temps, la stratégie britannique repose également sur une électrification accélérée des usages. Le gouvernement prévoit de faciliter l’installation de pompes à chaleur, de panneaux solaires et de bornes de recharge pour véhicules électriques, y compris pour les locataires ou les ménages sans accès direct à la voirie. Des évolutions réglementaires sont attendues dès cet été pour simplifier ces déploiements et lever les contraintes techniques et juridiques. Dans un contexte de crise du coût de la vie, des mesures ciblées visent à amortir l’impact immédiat de la hausse des prix. Les ménages dépendant encore du fioul ou du GPL, particulièrement exposés, bénéficieront d’aides renforcées pour basculer vers des systèmes de chauffage électriques, avec des subventions pouvant atteindre 9 000 livres. Le logement social constitue un autre axe prioritaire, avec un programme massif de rénovation énergétique et d’équipement en panneaux solaires, soutenu par des financements publics supplémentaires.

Un large soutien des acteurs énergétiques

Les annonces ont suscité un large soutien du secteur énergétique et des milieux économiques, qui y voient un tournant structurant. Le directeur général de E.ON UK, Chris Norbury, salue ainsi une décision qui « commence à rééquilibrer » un système où la valeur profitait jusqu’ici aux acteurs en amont, tout en insistant sur l’intérêt d’un déploiement localisé des renouvelables, au plus près des usages. Même tonalité chez EDF Energy : son dirigeant Simone Rossi souligne que l’électrification est « clé pour la sécurité énergétique et les finances des ménages », tout en appelant à éviter une transition à deux vitesses qui exclurait certains consommateurs. Du côté du patronat, la Confederation of British Industry, par la voix de Rain Newton-Smith, insiste sur la nécessité de sécuriser l’approvisionnement tout en réduisant les coûts, estimant que les contrats de long terme pourraient atténuer l’impact du gaz sur les prix. Les acteurs des renouvelables, comme RenewableUK avec Tara Singh, appuient l’accélération du déploiement domestique et de l’électrification pour gagner en indépendance énergétique. À l’inverse, des organisations comme WWF, via Angela Francis, rappellent que la sortie des fossiles est aussi une nécessité environnementale, seule à même de « protéger durablement les ménages et les écosystèmes ». Enfin, des ONG comme Green Alliance, représentées par Holly Brazier Tope, saluent un « leadership » britannique dans un contexte international plus hésitant, tandis que Electrify Britain, avec Camilla Born, rappelle que seule une électrification rapide permettra de protéger durablement ménages et entreprises contre les chocs de prix.

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