Réindustrialisation : la dynamique française ralentit nettement en 2025

Industrie
30/03/2026
5 min
Sur le plan territorial, les disparités régionales restent marquées. La Nouvelle-Aquitaine se distingue avec un solde positif de +19, devant l’Occitanie (+10) et l’Auvergne-Rhône-Alpes (+6), tandis que les régions historiquement industrielles du nord du pays continuent de reculer, à l’image des Hauts-de-France (-5). ©Shutterstock

La réindustrialisation française marque le pas sans pour autant s’inverser. Selon le dernier baromètre publié par la direction générale des entreprises, le solde net d’ouvertures et d’extensions d’usines s’établit à + 19 en 2025, contre + 88 en 2024, confirmant un net ralentissement après deux années exceptionnellement dynamiques. En 2022 et 2023, la France avait enregistré respectivement + 151 et + 174 sites industriels supplémentaires, témoignant d’un rebond inédit, après des décennies de désindustrialisation.

Par Gaz d’aujourd’hui 

Le nombre d’ouvertures d’usines est resté stable par rapport à 2024, mais la tendance au ralentissement s’est poursuivie. ​Le solde net d’ouvertures et d’extensions a chuté à + 19, soit une baisse notable par rapport à 2024. ​Si le solde reste positif — la France continue d’ouvrir et d’agrandir plus d’usines qu’elle n’en ferme —, l’écart avec les années précédentes illustre un changement de cycle. La dynamique de créations industrielles se maintient, mais elle est désormais contrebalancée par une hausse des fermetures, dans un environnement économique plus contraint.

Une réindustrialisation ancrée mais encore fragile

Dans le détail, la stabilité des ouvertures masque une transformation plus profonde. Ce sont désormais les extensions de sites existants qui portent l’essentiel de la réindustrialisation. En 2025, 158 extensions significatives ont été recensées, contribuant largement au maintien d’un solde positif. Ces opérations, qui correspondent à des augmentations substantielles de capacités ou d’effectifs, traduisent une stratégie d’optimisation industrielle plutôt que de création ex nihilo. Elles témoignent d’un tissu productif qui se consolide, mais dont l’expansion devient plus prudente. Ce basculement intervient dans un contexte international dégradé, marqué par la montée des tensions commerciales, la concurrence accrue des surcapacités asiatiques et un niveau de coûts énergétiques durablement élevé. Ces facteurs pèsent directement sur la compétitivité des industriels français, en particulier dans les secteurs les plus exposés. La chimie, la métallurgie, la mécanique ou encore le transport affichent ainsi des soldes négatifs en 2025, révélant des fragilités persistantes dans l’appareil productif traditionnel. Cette dégradation se reflète également dans la hausse des défaillances d’entreprises industrielles, en progression de 3 % sur un an début 2026.

Si l’industrie résiste légèrement mieux que l’ensemble de l’économie, la tendance confirme une pression croissante sur les acteurs les plus vulnérables. À l’inverse, les filières soutenues par les politiques publiques concentrent l’essentiel des créations nettes. L’industrie verte arrive en tête avec un solde de + 26 sites, portée par les investissements liés à la transition énergétique. Les secteurs de la défense, de l’aéronautique et du spatial affichent également une dynamique solide (+ 19), tout comme l’électronique (+ 12). Ces résultats reflètent l’orientation stratégique des pouvoirs publics en faveur des industries dites de souveraineté, au cœur des dispositifs comme le plan France 2030 ou le crédit d’impôt pour l’industrie verte.

Une recomposition progressive de la géographie industrielle française

2025, la Nouvelle-Aquitaine s’impose comme le territoire le plus dynamique, avec un solde net de + 19 sites industriels, devant l’Occitanie (+ 10) et l’Auvergne-Rhône-Alpes (+ 6). Ces régions bénéficient à la fois d’un tissu industriel en renouvellement et d’investissements liés aux filières d’avenir, notamment dans l’industrie verte et les technologies innovantes. À l’inverse, les régions du nord du pays, historiquement au cœur de l’appareil productif français, poursuivent leur repli. Les Hauts-de-France enregistrent un solde de – 5 et la Bourgogne-Franche-Comté de – 3, illustrant les difficultés persistantes des industries traditionnelles face aux mutations économiques et à la concurrence internationale. D’autres territoires affichent des dynamiques plus intermédiaires, comme la Provence-Alpes-Côte d’Azur (+ 4), tandis que l’Île-de-France reste à l’équilibre. Pour la première fois, un indicateur spécifique permet également de mesurer la situation des territoires ultra-marins, qui enregistrent un solde positif de + 2 ouvertures nettes, signal encore modeste mais révélateur d’une diversification en cours. Cette cartographie confirme ainsi un déplacement progressif du centre de gravité industriel vers les régions les plus attractives en matière d’innovation et de transition, au détriment des bastions historiques confrontés à une transformation structurelle de leur modèle productif.

Malgré ce ralentissement, « les perspectives restent soutenues par un volant important de projets en cours » indique Bercy. Plus de 150 usines sont aujourd’hui en construction ou en préparation, portées par les dispositifs publics et les annonces d’investissements, notamment dans le cadre de Choose France. Le maintien à un niveau élevé des autorisations d’installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) confirme cette dynamique sous-jacente, suggérant une poursuite des créations industrielles dans les prochaines années. Face aux tensions internationales, l’État mise sur un renforcement des instruments de compétitivité, à l’échelle nationale comme européenne. La défense d’une préférence industrielle européenne, la simplification des procédures et le déploiement du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières visent à rééquilibrer les conditions de concurrence, en particulier face aux importations à forte intensité carbone.

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