À Anvers, l’Europe sommée d’accélérer sa reconquête industrielle

Industrie
11/02/2026
5 min
Supply chain and logistics icons with a glowing shield checkmark hologram on a blue EU flag background, representing digital security and compliance concept

Réunis en Belgique pour le troisième sommet industriel européen, chefs d’État et dirigeants industriels ont plaidé ce 11 février pour un sursaut stratégique face au décrochage de l’Union européenne vis-à-vis des États-Unis et de la Chine.

Par Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

 

Le décor solennel de la Bourse d’Anvers a servi, mercredi 11 février, de cadre aux discussions du troisième sommet industriel européen, marqué par une tonalité d’urgence rarement dissimulée. Aux côtés de plusieurs dirigeants européens et de la présidente de la Commission européenne, le président français Emmanuel Macron a participé à une séquence de travail consacrée à la compétitivité industrielle de l’Union, devenue l’un des chantiers prioritaires du Vieux Continent.

Une Europe à la peine

Le constat partagé est sévère : l’Europe peine à maintenir son rang face à la montée en puissance industrielle de la Chine et à la politique d’investissement massif menée aux États-Unis. Pour le chancelier allemand Friedrich Merz, l’Union doit prendre des « décisions fortes » afin d’enrayer un « déclin progressif » amorcé depuis deux décennies. Il a plaidé pour un allègement substantiel du cadre réglementaire européen, jugé trop contraignant pour l’investissement productif. Même tonalité chez le Premier ministre belge Bart De Wever, hôte du sommet, qui a mis en garde contre l’érosion des fondements économiques européens. Les organisations patronales présentes réclament, elles, une simplification rapide des normes, un accès à une énergie compétitive et une accélération des projets industriels.

Dette commune et souveraineté industrielle

Emmanuel Macron a, de son côté, défendu un agenda de souveraineté économique structuré autour de quatre axes : simplification réglementaire, approfondissement du marché unique, diversification des chaînes de valeur et renforcement des investissements stratégiques. Le président français a insisté sur la nécessité d’une capacité financière commune pour soutenir les secteurs jugés critiques — défense, intelligence artificielle, technologies vertes et quantiques — estimant que l’émission de dette européenne constituait « la seule manière » de rivaliser avec Washington et Pékin.

« Si l’Europe ne s’adapte pas, elle deviendra le marché d’ajustement de ses compétiteurs », a-t-il averti devant les industriels, plaidant pour une « préférence européenne » ciblée afin de soutenir le « made in Europe ». Cette orientation trouve un écho chez plusieurs acteurs industriels. L’ancienne dirigeante de Solvay, Ilham Kadri, a appelé à une réponse rapide pour protéger la base productive européenne, tout en mettant en garde contre un protectionnisme excessif susceptible de décourager l’investissement. Elle préconise notamment une baisse des coûts énergétiques, une accélération des autorisations administratives et un fonctionnement plus intégré du marché unique.

Le rapport Draghi en fil conducteur

Les échanges s’inscrivent dans le prolongement du rapport remis en 2024 par Mario Draghi, qui appelle à un renforcement de la compétitivité européenne par des investissements massifs, une intégration accrue et une stratégie industrielle plus offensive. Ces discussions alimenteront la retraite informelle du Conseil européen prévue jeudi au château d’Alden Biesen, dans le Limbourg, consacrée à l’accélération de cet agenda.

Au-delà des déclarations, une question demeure : celle de la capacité des Vingt-Sept à transformer ce consensus diagnostique en décisions opérationnelles. L’urgence économique, désormais largement reconnue, place les dirigeants européens face à un arbitrage délicat : préserver l’ouverture commerciale tout en consolidant une autonomie stratégique devenue centrale dans le débat industriel européen.

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