La CPB Market veut structurer le marché des certificats de biogaz en France

Marché
03/02/2026
8 min

La place de marché des certificats de production de biogaz CPB Market a ouvert en novembre dernier. Elle entend devenir un outil central de structuration des certificats de production de biogaz. Accéder facilement à de la liquidité et offrir un « haut niveau de transparence » sont parmi les principales prérogatives de cette plateforme d’échange qui entend offrir de la visibilité aux investisseurs et aux producteurs, alors que la France vise 44 TWh de biométhane injecté dans les réseaux gaziers d’ici la fin de la décennie.

Par Laura Icart 

Le CPB Market compte aujourd’hui 12 membres actifs, mais aussi des observateurs institutionnels : France gaz, GRDF, Natran, le Syndicat des énergies renouvelables et la CRE et affiche une « une première dynamique » selon Marc La Rosa, directeur général et co-fondateur des CPB Market et CEE Market, même si tout reste à « construire pas à pas » reconnaît-il, alors que le marché des CPB démarre à peine en France et reste largement dépendant de la visibilité réglementaire

Une mini-bourse, avec ses règles

Le CPB Market se revendique comme une véritable place de marché. « Nous avons mis en place des règles de fonctionnement comparable à celle d’une place financière » explique Marc de la Rosa à Gaz d’aujourd’hui. Au-delà de l’outil, il y a une philosophie : liquidité, sécurité, transparence. « Vous avez des CPB à vendre, vous cliquez, vous trouvez un acheteur. Le contrat est prêt, harmonisé, accepté par tous les adhérents. » Pour les obligés, le message est tout aussi simple. « Vous avez une obligation, vous cliquez, vous achetez le volume nécessaire. » Mais la vraie différence se joue ailleurs : dans la discipline collective. « Sur une place de marché, un défaut est visible par toute la profession. » Là où le contrat bilatéral repose sur un rapport de force parfois déséquilibré, « la place de marché crée une sécurité collective ». Réputation, probité, crédibilité : « C’est un niveau de sécurité inégalable en bilatéral. »

L’effet d’apprentissage des CEE

Si le CPB Market a pu aller vite, c’est aussi grâce à l’expérience accumulée ailleurs. « La rapidité avec laquelle nous avons développé la solution n’aurait pas été possible sans l’expérience des marchés précédents. » Plateforme, règlement de marché, interactions avec les régulateurs : tout a été conçu « par différence », en capitalisant sur l’existant. Face à eux, un concurrent de poids : EEX. « Il y avait deux candidats : EEX, qui tient le registre, et nous. » Le choix revient à un groupe de travail réunissant l’ensemble des acteurs du dispositif, des organisations professionnelles jusqu’aux autorités. « Et ce groupe nous a choisis à l’unanimité. » Un point clé fait la différence selon Marc La Rosa : le cadre réglementaire. « Nous avons pris contact avec l’AMF et l’ACPR pour clarifier le statut de ce marché. L’enjeu, c’était d’éviter de faire rentrer les CPB dans le champ de la supervision financière, qui aurait rendu le dispositif beaucoup plus lourd et coûteux. »

Sécurité et transparence

Le CPB Market ne se veut pas qu’un simple outil technique. « Notre solution, c’est une plateforme électronique, mais c’est aussi un cadre réglementaire. » Chaque acteur adhère à un règlement de marché strict. « Peut-être que, individuellement, ce n’est pas ce qui vous paraît le plus important sur le moment. Mais collectivement, comprendre à quel prix réel s’échangent les CPB, c’est fondamental » rappelle Marc La Rosa. Un moyen d’éviter les négociations biaisées. « Ne pas être à la merci de quelqu’un qui dit : “ça vaut un peu plus” ou “un peu moins”. » Plus le volume de transactions est élevé, plus le signal devient pertinent. « Tout le monde a intérêt à ce que ce signal soit le plus précis possible. » La sécurité est un autre pilier. « Depuis le début, nous renforçons la solidité de la plateforme en procédant à des tests d’intrusion par des hackers professionnels. Aujourd’hui, ils n’ont trouvé aucune faille. » Un argument de poids dans un contexte de défiance. « Il y a déjà eu des usurpations d’identité sur des registres. La confiance, c’est déterminant. »

La bataille politique en toile de fond

Impossible d’ignorer non plus le climat politique. Les dispositifs CEE et CPB sont devenus des cibles régulièrement attaqués. « Alors qu’ils sont extrêmement techniques, ils sont aujourd’hui instrumentalisés » dénonce Marc La Rosa. Derrière, un enjeu plus large. « Ce qui est attaqué, ce sont les fondements du Green Deal, de la transition écologique. » Sur les CEE, le fondateur alerte sur une dérive réglementaire. « Mettre trop de contraintes sur le marché secondaire, c’est contre-productif. » Un parallèle assumé avec la finance. « C’est exactement comme le « shadow banking » : trop de règles d’un côté et vous créez des marchés parallèles non contrôlés. »

Et les agriculteurs dans tout ça ?

Reste une question sensible : celle des producteurs agricoles. « Méthaniseur, c’est déjà un métier. Gérer des mécanismes de marché, c’en est encore un autre. » Pour certains, l’engagement ferme exigé par une place de marché peut sembler incompatible avec les aléas de production. « La place de marché apporte une contrainte, mais aussi une solution » assure Marc La Rosa. En cas de défaillance ponctuelle, le producteur peut racheter sur le spot pour honorer son contrat. « C’est aussi un outil de gestion de l’aléa. » Mais tout le monde n’ira pas forcément sur la place. « Certains préféreront un BPA classique, ou passer par un agrégateur. » La clé reste un arbitrage : « Optimisation du revenu versus risque sur les volumes. Plus vous garantissez vos volumes, meilleur est le prix. »

Un marché lancé, mais encore prudent

La plateforme a officiellement démarré en novembre. « Pour l’instant, il n’y a pas une seule transaction », reconnaît-il. Mais les signaux sont là. « On a une cinquantaine d’ordres exprimés, avec des intérêts d’achat et de vente jusqu’en 2028. » Les prix commencent à se rapprocher. « On est entre 90 et 100 euros. Sur certaines maturités, acheteurs et vendeurs ne sont plus très loin. On est capables de donner des prix d’équilibre de marché, même si ce ne sont pas encore des prix de transaction. » La plateforme a publié à la mi-janvier des indicateurs de prix de l’ordre de 96,45 euros en moyenne au spot et compris entre 95,35 et 97,31 euros le MWh pour les livraisons des CPB jusqu’à fin 2027. « La fréquence de publication sera mensuelle » assure Marc La Rosa. Tout converge vers un même point : la profondeur du marché. « Trois ans de visibilité, ce n’est pas suffisant pour financer des projets industriels. » Les projets de méthanisation de grande taille nécessitent des Opex et des Capex extrêmement importants. Sans trajectoire claire après 2028, les développeurs hésitent. « Si on veut que le marché joue son rôle, il faut ouvrir des maturités plus lointaines. » Le CPB Market se dit prêt. « On le fera dès que nos adhérents le demanderont, notamment si un décret vient sécuriser la période suivante. »

Le CPB Market ne raisonne pas en volumes absolus. « Les engagements de liquidité pris par deux grands acteurs suffisent à garantir la pérennité de la plateforme pendant trois ans. » L’objectif est ailleurs. « À terme, représenter quelques dizaines de pourcentage du marché, peut-être 50 %, ce serait une vraie réussite. » Sans euphorie, mais avec méthode. « On est là pour construire quelque chose dans la durée. Le marché est lancé. Maintenant, il faut qu’il vive. »

Vous aimerez aussi