Quand le chauffage devient un luxe pour un tiers des Français

Précarité énergétique
26/01/2026
5 min
Selon le bilan annuel de l’Observatoire national de la rénovation énergétique, le nombre de logements considérés comme des passoires énergétiques au 1er janvier 2024 est estimé à 4,2 millions de résidences principales.©Shuttersock

Si l’hiver 2025 n’est pas terminé, les températures particulièrement froides des dernières semaines révèlent une fragilité sociale persistante, celle de la précarité énergétique. Selon une enquête Ipsos BVA réalisée pour Daikin auprès de 1 000 Français, 31 % d’entre eux estiment aujourd’hui se trouver en situation de précarité énergétique. Un chiffre de ressenti très supérieur aux données institutionnelles les plus récentes et révélateur d’une crise structurelle, nourrie par la hausse durable des prix de l’énergie, la fin du bouclier tarifaire et l’incertitude économique.

Par la rédaction de Gaz d’aujourd’hui

En 2023, près de 3,1 millions de ménages français, parmi les 30 % des ménages les plus pauvres, ont consacré plus de 8 % de leurs revenus au paiement des factures énergétiques de leur logement, soit 10,1 % de la population selon les chiffres de l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE). Une étude publiée en fin de semaine dernière met néanmoins en lumière un ressenti plus fort que les statistiques officielles. Ce sont avant tout les jeunes adultes (42 % des 18-30 ans) et les catégories socioprofessionnelles modestes (41 % des CSP–) qui déclarent peiner à se chauffer correctement à un coût acceptable. « La précarité énergétique n’est plus un concept abstrait, elle structure désormais les arbitrages du quotidien », souligne l’enquête. Abaisser le thermostat, ne chauffer que certaines pièces ou multiplier les couches de vêtements sont devenus des pratiques banales pour une majorité de Français.

Des arbitrages budgétaires de plus en plus douloureux

La France a davantage froid qu’il y a 10 ans et les Français sont de plus en plus nombreux à ne pas pouvoir régler leurs factures d’énergie. Derrière ces stratégies d’adaptation se cachent des renoncements. Près de deux tiers des personnes interrogées (65 %) reconnaissent réduire au moins un poste de dépenses pour pouvoir payer leurs factures énergétiques. Si les loisirs et les vacances arrivent en tête, l’étude révèle aussi des sacrifices plus préoccupants : 26 % déclarent rogner sur leur budget alimentaire et 14 % sur des dépenses de santé. Dans ce contexte, bien se chauffer est perçu comme un privilège : 85 % des sondés estiment que le confort thermique est devenu un luxe. Près de la moitié constate une hausse de leur facture de chauffage par rapport à l’hiver précédent et 41 % déclarent dépenser 150 euros ou plus par mois pour se chauffer.

Un impact direct sur la santé et la vie sociale

Le froid ne pèse pas seulement sur les finances. Il affecte aussi la santé physique et mentale. Une réalité dénoncée depuis de nombreuses années par les associations de consommateurs et de protection des plus fragiles. Trois quarts des Français interrogés indiquent que les basses températures dégradent leur sommeil, entraînant fatigue et épuisement. Irritabilité, maladies hivernales et douleurs musculaires sont également largement citées. La vie sociale n’est pas épargnée : 38 % disent recevoir moins chez eux ou voir moins leurs proches. Pour certains télétravailleurs, le chauffage devient même un critère d’organisation professionnelle : 15 % augmentent leur présence sur site pour bénéficier de locaux chauffés, tandis que d’autres réduisent le télétravail pour faire des économies.

La rénovation énergétique, entre volonté et blocages

Face à cette situation, les Français ne restent pas passifs. Six sur dix déclarent avoir déjà engagé des travaux pour améliorer la performance énergétique de leur logement, notamment le remplacement des fenêtres ou des systèmes de chauffage. La pompe à chaleur bénéficie d’une image globalement positive, y compris chez ceux qui n’en sont pas équipés, perçue comme un levier de confort, d’économies et de réduction de l’empreinte environnementale. Mais l’élan se heurte à des obstacles majeurs. Le coût initial des travaux reste le premier frein, cité par 72 % des personnes concernées, devant la complexité administrative et le doute sur les économies réellement réalisables. Les aides publiques jouent donc un rôle déterminant : 84 % des sondés les identifient comme le principal déclencheur possible d’un projet de rénovation, alors même que Ma prime rénov’ a été récemment suspendue.

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