Quatre infos à retenir cette semaine

En bref
17/01/2026
9 min

Cette semaine, un accord a été signé entre EDF et le consortium Exeltium, qui regroupe de grands industriels français, pour l’extension de leur contrat de fourniture d’électricité, portant sur 30 TWh supplémentaires jusqu’en 2034. Ensuite, la filière hydrogène a franchi une nouvelle étape, passant des projets pilotes aux choix industriels concrets, marqués par des investissements conséquents. Par ailleurs, un bras de fer se poursuit au Sénat concernant la proposition de relance des recherches sur les hydrocarbures en outre-mer, un texte qui divise l’exécutif. Enfin, dans une décision importante, le gouvernement a annoncé le retrait de l’autorisation de rachat d’électricité de l’entreprise JPME, en raison de pratiques jugées abusives, une mesure visant à protéger les consommateurs.

Par la rédaction, avec AFP

Électricité : un consortium de grands industriels signe un accord avec EDF

Après plusieurs mois de tensions, un accord a été annoncé le 14 janvier entre EDF et le consortium Exeltium, regroupant de grands industriels français consommateurs d’électricité, dont Clairefontaine, Suez et RioTinto. L’accord porte sur une extension du contrat initial signé en 2008, qui assure désormais à ces entreprises la fourniture de près de 30 TWh d’électricité supplémentaire. Ce contrat, d’une durée de 24 ans, courra jusqu’en 2034. Il permet aux industriels membres du consortium, au nombre de 24, de bénéficier d’une électricité dite « bas carbone et compétitive » à un tarif fixé en fonction des coûts de production du parc nucléaire français. Ces industriels, parmi lesquels figurent des géants comme Air liquide, Arkema, Total Petrochemicals France, ou ArcelorMittal, exploitent une centaine de sites en France et représentent une part importante de la consommation d’électricité industrielle dans le pays. Jean-Paul Aghetti, président d’Exeltium, a souligné l’importance de cet accord en déclarant que « l’esprit de collaboration d’EDF a permis de conclure, après un long processus, un complément d’électricité compétitive et bas carbone ». Une référence directe aux négociations tendues qui ont marqué les derniers mois, avec des discussions interrompues pendant plusieurs mois sous l’ancienne direction d’EDF. Bernard Fontana, PDG d’EDF depuis mai 2025, a quant à lui évoqué cet accord comme un moyen de garantir la « visibilité à long terme » pour les industriels électro-intensifs, essentiels à la compétitivité de l’industrie française. « Cette visibilité est cruciale pour nos partenaires industriels, qui ont besoin de sécurité pour leurs projets de décarbonation », a-t-il ajouté. La conclusion de cet accord a également été saluée par Nicolas de Warren, président de l’Uniden, un regroupement d’industriels consommateurs d’électricité, qui a insisté sur l’importance de « relations contractuelles à long terme » pour garantir une « disponibilité et compétitivité » continue de l’électricité bas carbone. Pour lui, cet accord est une « excellente nouvelle » dans un marché devenu particulièrement volatil. L’accord entre EDF et Exeltium fait partie d’un enjeu plus large : la maximisation du parc nucléaire français. Comme l’a rappelé Bernard Fontana, l’objectif est de dépasser les 400 TWh par an produits par le nucléaire, pour répondre aux besoins croissants des industriels tout en assurant une transition énergétique réussie. Cependant, cette ambition s’accompagne de défis techniques, notamment en ce qui concerne la modulation du nucléaire, qui devra trouver des solutions adaptées aux exigences des industriels. Le contrat entre EDF et Exeltium souligne ainsi la nécessité d’une coopération renforcée entre l’énergéticien public et ses clients industriels, pour sécuriser l’approvisionnement en électricité tout en répondant aux impératifs de décarbonation. Un compromis entre compétitivité économique et transition énergétique, qui pourrait servir de modèle pour d’autres secteurs à l’avenir.

Hydrogène : la filière entre dans l’âge des choix industriels

Longtemps portée par l’innovation et les projets pilotes, la filière hydrogène est désormais confrontée à l’heure de vérité économique. Les projets montent en puissance, avec des infrastructures de 100 à 200 MW, des besoins de financement massifs et une exigence accrue de sécurisation des débouchés industriels. « L’hydrogène n’est pas une promesse, c’est une trajectoire industrielle, et elle se joue maintenant », résume Nicolas Brahy, nouveau président de France Hydrogène, qui rappelle que la question n’est plus de savoir si cette énergie s’imposera, mais « qui la produira, où et avec quelles technologies ». Dans un contexte de concurrence internationale intense et de tensions sur les budgets publics, il met en garde contre le « paradoxe français », fait d’atouts industriels majeurs mais de décisions d’investissement encore hésitantes, déjà visibles dans des projets reportés ou des équipementiers fragilisés. En France, la filière revendique à terme près de 67 000 emplois et 13 milliards d’euros de PIB. C’est dans ce moment charnière, où l’hydrogène devient un enjeu de souveraineté industrielle et de réindustrialisation, que s’inscrit Hyvolution, dont l’édition anniversaire, fin janvier à Paris, se veut le reflet « d’une filière entrée dans l’âge des choix stratégiques et du business concret ».

Hydrocarbures en outre-mer : l’exécutif verrouille, le Sénat demande des ouvertures  

À 10 jours de l’examen au Sénat d’une proposition de loi visant à relancer la recherche et l’exploitation des hydrocarbures en outre-mer, l’exécutif affiche une opposition nette et coordonnée. Le ministère de la Transition écologique dénonce un texte qui constituerait « un recul écologique et de tous les engagements de la France », rappelant que la loi Hulot de 2017 a précisément acté la sortie des énergies fossiles sur le territoire national. Fait notable, le ministère de l’Économie se range lui aussi du côté de l’Environnement : interrogé par l’AFP, Bercy s’est déclaré « défavorable » au projet, confirmant que l’arbitrage gouvernemental dépasse la seule dimension climatique. À l’origine du texte, le groupe macroniste RDPI au Sénat, emmené par François Patriat et plusieurs élus ultramarins, plaide pour un levier de développement économique, notamment en Guyane. Un argument que le gouvernement ne balaie pas, mais qu’il réoriente vers d’autres filières jugées plus soutenables, comme la pêche ou la valorisation des forêts. En coulisses, les tensions sont réelles : selon Politico, une réunion récente a opposé la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, à la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, et la première « se poserait de vraies questions » en cas de soutien gouvernemental au texte. Signe que, derrière un débat technique, c’est bien une ligne politique et écologique que l’exécutif entend défendre, au risque d’un nouvel accroc avec sa majorité sénatoriale.

JPME : un geste inédit du gouvernement face aux abus dans le secteur de l’électricité

Le 13 janvier 2026, un arrêté ministériel a décidé de retirer à Actelios Solutions, opérant sous la marque « Je produis mon électricité / JPME », l’autorisation de racheter de l’électricité pour la revendre. Une décision exceptionnelle, qui prendra effet le 22 janvier 2026 et qui vise à protéger les consommateurs des pratiques jugées déloyales de ce fournisseur. Dans une déclaration, le ministre de l’Économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique a affirmé : « Cette décision est une mesure de protection des consommateurs. Elle est exceptionnelle, mais nécessaire face à des comportements qui ne peuvent plus être tolérés. » Le retrait de l’autorisation de JPME intervient après plusieurs alertes, notamment de la part du médiateur national de l’énergie, concernant des « pratiques commerciales trompeuses », des « tarifs mensongers » et des « retards de paiement importants » à l’égard des clients producteurs d’électricité. En 2024 et 2025, les plaintes se sont multipliées : 188 en 2024, et 535 l’année suivante. Les services de la direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) ont enquêté sur cette affaire depuis 2024. Après plusieurs mois d’investigation, la conclusion est sans appel : les capacités économiques de JPME sont insuffisantes pour remplir ses obligations légales. « Les fournisseurs d’électricité doivent être des acteurs de confiance, capables de garantir un service de qualité et de respecter leurs engagements financiers » rappelle le ministre de l’Économie et de l’énergie Roland Lescure. À partir du 22 janvier 2026, tous les clients de JPME seront transférés sans démarche particulière vers EDF, le fournisseur de secours. L’État assure que la continuité de l’approvisionnement en électricité sera garantie et, ce, sans interruption pour les consommateurs. Ces derniers seront informés et basculés automatiquement dans un contrat alternatif. Le ministère précise également qu’aucune action de résiliation ne sera requise de la part des clients concernés. Le retrait de l’autorisation fait suite à un contexte législatif en pleine évolution, avec la mise en place du projet de loi DDadue. Celui-ci vise à renforcer la régulation des fournisseurs d’électricité, notamment à travers des « obligations prudentielles » qui obligeront ces acteurs à disposer de garanties financières suffisantes face aux risques du marché. La Commission de régulation de l’énergie sera par ailleurs dotée de pouvoirs accrus pour contrôler et sanctionner les abus, a indiqué le ministre dans sa déclaration.

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