Géothermie : la Cour des comptes appelle l’État à lever les freins d’une filière sous-exploitée

Énergie
14/01/2026
5 min
La géothermie ne représente qu’environ 1 % de la consommation finale de chaleur en France, alors que la chaleur pèse 45 % de la consommation énergétique totale, encore à 73 % d’origine fossile. En 2024, les soutiens publics ont atteint 233 millions d’euros (123 M€ pour la géothermie profonde, 110 M€ pour la géothermie de surface), sans permettre de lever les principaux freins au déploiement. ©Shuttersock
  • Malgré des atouts énergétiques majeurs et des soutiens publics conséquents, la géothermie demeure marginale en France. Dans un rapport publié mardi, la Cour des comptes pointe des blocages structurels persistants et exhorte les pouvoirs publics à revoir leur stratégie, moins axée sur les subventions que sur la simplification des règles et la gestion des risques.

Par la rédaction avec AFP 

Énergie locale, renouvelable, décarbonée et disponible en continu, la géothermie coche toutes les cases de la transition énergétique. Pourtant, elle ne représente encore qu’environ 1 % de la consommation finale de chaleur en France, selon la Cour des comptes. Treize ans après un premier rapport consacré à cette filière, l’institution de la rue Cambon dresse un constat sévère : les soutiens publics mobilisés n’ont pas permis de changer d’échelle, en dépit d’objectifs particulièrement ambitieux inscrits dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). La feuille de route énergétique de l’État prévoit de multiplier par quatre la production de chaleur géothermique d’ici à 2035, alors même que la chaleur représente près de 45 % de la consommation finale d’énergie, encore majoritairement d’origine fossile. Un paradoxe, selon la Cour, tant les freins au développement de la géothermie sont désormais bien identifiés : coûts d’investissement initiaux élevés, risques techniques et géologiques, complexité réglementaire et lenteur des procédures administratives.

Des soutiens publics importants, mais peu efficaces

En 2024, les soutiens publics à la filière ont pourtant atteint un niveau significatif : 123 millions d’euros pour la géothermie profonde et 110 millions d’euros pour la géothermie de surface. Un effort financier jugé insuffisant non pas en volume, mais en efficacité. « L’atteinte des objectifs repose moins sur une hausse des aides que sur une meilleure organisation et priorisation des soutiens », souligne la Cour, qui plaide pour une clarification de la doctrine de couverture des risques et un renforcement de la connaissance du sous-sol.La géothermie de surface, qui permet de produire chaleur et froid à faible profondeur et affiche d’excellentes performances environnementales, reste ainsi peu diffusée, notamment dans le logement collectif. Le triplement de sa production à l’horizon 2035 apparaît « peu réaliste » en l’état, faute de simplification des règles encadrant les forages et d’outils juridiques permettant de sécuriser et rentabiliser les investissements.

Géothermie profonde : une filière mature, mais entravée

Principalement destinée à alimenter les réseaux de chaleur urbains, la géothermie profonde est considérée comme technologiquement mature et compétitive. Elle reste toutefois pénalisée par des investissements initiaux très élevés — entre 11 et 16 millions d’euros par projet — et par des incertitudes sur la ressource géologique. Pour atteindre l’objectif de 6 TWh de chaleur d’ici à 2030, la Cour estime indispensable de lever les freins économiques, d’adapter la filière à une montée en puissance rapide des projets et de réduire des délais administratifs qui pourraient encore s’allonger après de récentes décisions du Conseil d’État. L’institution recommande notamment de réexaminer la place des subventions et des prêts bonifiés, et de mieux calibrer les mécanismes de garantie publique afin de couvrir les risques de forage de manière plus lisible et plus incitative pour les porteurs de projets, majoritairement des collectivités locales.

Un enjeu stratégique pour les outre-mer

Si la géothermie électrogène reste marginale en métropole, notamment en raison des réticences suscitées par plusieurs épisodes sismiques en Alsace, elle constitue en revanche un enjeu stratégique majeur pour les territoires ultramarins. En Guadeloupe, la centrale de Bouillante produit déjà une électricité décarbonée à un coût inférieur à celui de nombreuses autres sources de production. La Cour appelle à revoir le dispositif de couverture des risques de forage outre-mer afin de valoriser pleinement le potentiel des Antilles et de La Réunion et de renforcer l’autonomie énergétique de ces territoires.

Miser sur les innovations plutôt que sur la seule dépense publique

Enfin, la Cour des comptes met en avant des innovations désormais matures — boucles d’eau tempérée, extension des réseaux de chaleur au froid, stockage thermique souterrain ou encore extraction de lithium à partir des saumures géothermales — susceptibles d’améliorer la rentabilité des projets et l’efficience des soutiens publics. Leur déploiement suppose toutefois de structurer les outils de planification, à commencer par la finalisation du cadastre géothermique.

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