La France prête pour l’hiver gazier

Publié le 08/12/2021

4 min

Publié le 08/12/2021

Temps de lecture : 4 min 4 min

Les gestionnaires d’infrastructures de transport et de stockage français GRTgaz et Teréga ont présenté la semaine dernière leurs perspectives pour cet hiver. Selon eux, le système gazier national devrait être en capacité de répondre à la demande de l’ensemble des consommateurs de gaz, même en cas d’hiver très froid. Dans un paysage énergétique fortement marqué par la hausse des prix et des stockages de gaz en Europe sous tension, pas d’inquiétude en France avait rappelé quelques jours avant Storengy, filiale du groupe Engie, spécialiste du stockage de gaz, avec des stockages français remplis à plus de 95 % fin octobre.

Par la rédaction de Gaz d’aujourd’hui

 

Alors que « l’hiver gazier » a commencé depuis plus d’un mois et qu’il s’étendra jusqu’au 31 mars, GRTgaz et Teréga ne soulèvent pas « d’alertes particulières » sur l’approvisionnement en gaz des Français, même s’ils préviennent que dans ce contexte inédit et haussier des prix du gaz et du GNL sur le marché il faut dès à présent avoir une « gestion prudente et raisonnée » des stockages et éviter des soutirages trop précoces. Si 100 % des capacités commercialisées sur les stockages pour l’année 2021-2022 ont été entièrement souscrites, les fournisseurs ont tenu à rappeler qu’ils veilleraient à assurer l’approvisionnement de leurs clients sur l’ensemble du territoire jusqu’à la fin de l’hiver gazier.

L’UE s’inquiète et veut réformer

Si la France peut être sereine avec des stockages remplis, l’Europe de son côté s’inquiète : les réserves de gaz naturel de l’Union européenne sont en dessous des niveaux normaux. Ces réserves, qui ont la capacité de stocker plus de 117 milliards de mètres cubes de gaz naturel, soit environ un cinquième de la consommation annuelle de l’UE, seraient remplies (fin octobre) à hauteur de 77 % de ses capacités, à une période de l’année où elles devraient être remplies à plus de 90 %. Avec des prix du gaz qui ont atteint près de 160 euros le MWh à la rentrée pour s’établir désormais autour du 95 euros le MWh et des livraisons en provenance de la Russie inférieures aux prévisions, les stockages de gaz occupent une position plus que stratégique dans un contexte géopolitique tendu. La révision de la législation européenne sur le marché du gaz, attendue pour le 14 décembre, devrait d’ailleurs largement aborder cette question « essentielle » du stockage, soulignait le 2 décembre Kadri Simson, commissaire européenne à l’énergie. Plusieurs pistes ont d’ailleurs été évoquées, notamment la création d’une réserve stratégique de gaz pour l’Union européenne.

La France sereine

Contrairement à ses voisins européens, la France a réformé en 2018 son marché du stockage en instaurant un nouveau cadre régulatoire et réglementaire permettant d’assurer que les volumes minimum de stockage nécessaires pour la sécurité d’approvisionnement du pays soient souscrits rapidement dans l’année. Une obligation réglementaire fixe à 85 % minimum le taux de remplissage des stocks. Un bon taux de remplissage également permis par la fluidité du réseau de transport qui « a pu acheminer les grandes quantités de gaz à injecter durant l’été en subissant très peu de congestions » ont précisé GRTgaz et Teréga le 30 novembre. Au 1er novembre, à l’issue de la campagne d’injection, les stockages français étaient ainsi remplis à près de 95 %. Des capacités souscrites aux différents points d’entrée frontière du réseau et au soutirage des stockages « suffisantes » selon les gestionnaires d’infrastructures gazières « pour couvrir la demande d’un hiver très froid » et offrir aux acteurs de marché (expéditeurs, industriels, fournisseurs de gaz) la possibilité de faire appel à toutes les sources d’approvisionnement (GNL et importations par gazoduc). Même en cas d’hiver très froid, la France pourrait être excédentaire de 78 TWh selon les prévisions, avec des entrées estimées à 447 TWh et des sorties à 399 TWh. Une bonne nouvelle qu’il convient de gérer prudemment pour ne pas se rendre « trop dépendant des importations terrestres » rappelle cependant Thierry Trouvé, directeur de GRTgaz, rappelant par là même que la couverture d’une pointe de consommation en cas de période très froide nécessite tout de même un peu d’anticipation dans l’apport en GNL, voire de souscriptions complémentaires dans les points de réseau. La consigne est donc claire : pas d’inquiétude sur l’approvisionnement des Français mais il faut préserver du gaz dans les stockages jusqu’à la fin de l’hiver.

Crédit : GRTgaz, Dohr Nicolas.