Yara lance un projet géant de captage de CO₂ au Pays-Bas

Perspectives
15/09/2026
4 min
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Le producteur norvégien d’engrais Yara a inauguré, le 7 septembre, une unité de captage et de liquéfaction du CO₂ sur son site de Sluiskil, aux Pays-Bas. Capable de traiter jusqu’à 800 000 tonnes par an, elle alimente une chaîne transfrontalière de captage, de transport et de stockage permanent du carbone avec la Norvège.

Par Gaz d’aujourd’hui

Le groupe norvégien a inauguré, le 7 septembre, ce qu’il présente comme la plus grande installation industrielle de captage de CO₂ d’Europe, sur son complexe de Sluiskil, dans le sud-ouest des Pays-Bas. Le site, l’un des principaux complexes européens de production d’ammoniac et d’engrais, peut capter et liquéfier jusqu’à 800 000 tonnes de CO₂ par an issues de la fabrication d’ammoniac. Un volume équivalent à environ 0,5% des émissions annuelles néerlandaises, selon Yara.

Sur 15 ans, l’industriel prévoit de capter et de stocker environ 12 millions de tonnes de CO₂, sous réserve de conditions économiques et réglementaires favorables. Le projet doit notamment permettre à Yara de réduire l’empreinte carbone de ses engrais et de son ammoniac, mais aussi de limiter son exposition au coût du carbone européen sur les volumes concernés.

Un stockage à 2 600 mètres sous la mer du Nord

Le projet se distingue surtout par son caractère transfrontalier. Après son captage et sa liquéfaction à Sluiskil, le CO₂ est temporairement stocké sur place, puis chargé à bord de navires spécialisés à destination du terminal d’Øygarden, près de Bergen, sur la côte occidentale de la Norvège. Il est ensuite acheminé par gazoduc à une centaine de kilomètres au large, avant d’être injecté dans un aquifère salin situé à 2 600 mètres sous les fonds de la mer du Nord. Cette opération est assurée par Northern Lights, coentreprise détenue par Equinor, Shell et TotalEnergies. Yara, qui a signé son contrat avec la société en 2023, en devient le premier client commercial industriel. La mise en service de Sluiskil complète ainsi une chaîne associant captage dans un pays, transport maritime international et stockage géologique dans un autre.

Northern Lights vise 5 millions de tonnes par an

Opérationnel depuis 2025 et largement financé par l’État norvégien, Northern Lights dispose initialement d’une capacité de stockage de 1,5 million de tonnes de CO₂ par an. Celle-ci doit être portée à 5 millions de tonnes par an, afin d’accueillir les émissions captées par davantage d’industriels européens.

Le consortium cible notamment les secteurs dont la décarbonation reste complexe, comme le ciment, l’acier, la chimie, les engrais ou le traitement des déchets. Le captage-stockage permet de réduire les émissions résiduelles de ces activités tout en maintenant leurs capacités de production. « Cette installation prouve que la décarbonation industrielle à grande échelle est possible aujourd’hui », a déclaré Svein Tore Holsether, PDG de Yara International. Présent à l’inauguration, le commissaire européen au climat Wopke Hoekstra a également défendu des solutions permettant de concilier réduction des émissions et compétitivité industrielle.

Un modèle économique encore fragile

Le démarrage de Sluiskil intervient néanmoins alors que le CCS cherche toujours son modèle économique. Si la technologie est considérée comme un levier de décarbonation pour certaines industries difficiles à électrifier, le captage, la liquéfaction, le transport et l’enfouissement du CO₂ restent coûteux. Le développement de ces projets dépend donc encore largement du prix du carbone, des dispositifs de soutien public et de la disponibilité d’infrastructures communes de transport et de stockage.

Northern Lights illustre cette difficulté. Malgré son statut pionnier et l’appui de l’État norvégien, le projet n’a jusqu’ici conclu qu’un nombre limité de contrats commerciaux avec des industriels et énergéticiens européens. Avec les 800 000 tonnes de CO₂ par an apportées par Yara, le projet norvégien sécurise toutefois un volume conséquent et franchit une nouvelle étape vers l’industrialisation du stockage transfrontalier de carbone en Europe.

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