Une PPE jugée décevante par la filière du biogaz

Publié le 22/01/2020

4 min

Publié le 22/01/2020

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Le ministère de la Transition écologique et solidaire a mis en consultation publique le 20 janvier et jusqu’au 19 février les nouvelles versions de la stratégie nationale bas carbone (SNBC) et de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), feuilles de route énergie-climat qui dessinent l’avenir énergétique de notre pays. Un an après la publication du projet de PPE, la filière du biogaz, qui espérait avoir été entendue par les pouvoirs publics, voit ses volumes injectés de biométhane maintenus à 6 TWh par an alors qu’elle en attendait au moins 8 TWh avec un soutien public toujours corrélé à une baisse significative de ses coûts de production.

Par la rédaction de Gaz d’aujourd’hui

 

Si la première version de la PPE, publiée en janvier 2019, avait créé quelques remous du côté des acteurs gaziers qui avaient unanimement relevé son manque d’ambition pour le développement de la filière du biogaz, la version définitive, mise en consultation le 20 janvier par le ministère de la Transition écologique et solidaire (MTES) n’a pas été de nature à les rassurer. Dans un communiqué, France gaz renouvelables s’est dit « désolé que les volumes injectés prévus pour la période 2019-2023 de 6 TWh par an n’aient pas été, a minima, maintenus à 8 TWh par an comme pour la PPE en vigueur ». Il est vrai qu’avec un peu plus de 1,2 TWh de biométhane injecté (2,2 TWh en capacité installée) dans le réseau cette année et un volume de plus de 24,2 TW correspondant aux 1 087 projets inscrits dans le registre de capacité, la déception de la filière est importante. Elle estime que le potentiel du biométhane et ses nombreuses externalités positives sur les territoires ne sont pas pris en compte. La PPE envisage toujours de porter la production française de biogaz entre 24 et 32 TWh en 2028, dont 14 à 22 TWh injectés dans les réseaux gaziers.

Un soutien public corrélé à une baisse des coûts

« Nous sommes inquiets sur le tarif et la trajectoire de baisse des coûts exigés par les pouvoirs publics. Si la filière s’est engagée sur une baisse de 2 à 3 % par an, l’objectif de 67 euros du MWh en 2023 qui avait été envisagé n’est pas atteignable ! » soulignait Cécile Frederick, déléguée générale à France gaz renouvelables, il y a quelques mois à Gaz d’aujourd’hui. Sur ce point, le MTES a quelque peu revu son positionnement, notamment en réhaussant le tarif d’achat moyen pour les projets de biométhane injecté, à 75 euros le MWh PCS en 2023 au lieu des 67 euros initialement prévus. Le tarif moyen est maintenu à 60 euros le MWh PCS en 2028. Pour rappel, il est aujourd’hui en moyenne entre 90 et 95 euros le MWh PCS « Si ce prix moyen n’est pas atteint, les volumes alloués seront réduits afin de ne pas dépasser le niveau de dépense publique visé », précise le projet révisé de PPE. Une donnée qui inquiète fortement les acteurs de la filière à l’image d’Engie qui se dit « vigilant sur les trajectoires prévues pour le prix du biométhane, qui risquent de pénaliser la filière porteuse de retombées positives pour les territoires et le monde agricole, à un moment où elle doit encore assurer son développement ». La trajectoire de tarif d’achat maximum a également été ajustée pour atteindre 90 euros le MWh PCS en 2023. Celle de 80 euros le MWh PCS en 2028 reste, elle, inchangée.

Autre concession gouvernementale : l’augmentation de l’enveloppe de soutien public à 9,7 milliards d’euros pour la période 2019-2028 (contre 7,9 milliards précédemment), qui ne semble pas combler la déception des acteurs de la filière biogaz comme Olivier Dauger, co-président de France gaz renouvelables, qui souligne que « cette PPE ne répond pas à l’ensemble des attentes de la filière et met en exergue l’incohérence entre les objectifs affichés de neutralité carbone en 2050 et le soutien aux énergies gaz renouvelables ». L’association a également regretté que « le gouvernement ait déjà notifié à la Commission européenne des baisses des tarifs d’obligation d’achat pouvant aller jusqu’à 14 % en fonction des intrants ».

(c) GRTgaz.

Légende : L’unité de méthanisation Gazteam est le premier site d’injection de biométhane dans le réseau de GRTgaz en Nouvelle-Aquitaine.