Un hiver 2025-2026 hors norme : pluies record, crues historiques et douceur persistante

Climat
04/03/2026
7 min
Au total, près de 49 jours en vigilance orange ou rouge pour crue, « soit plus du double de la moyenne historique » indique Météo France, ont été observés en 2025.©Spech / Shutterstock

L’hiver 2025-2026 restera comme l’un des plus agités et paradoxaux observés en France depuis le milieu du XXᵉ siècle indique dans un rapport publié ce 4 mars Météo France. Exceptionnellement pluvieux, marqué par des crues majeures et un enneigement abondant en montagne, il se classe pourtant au quatrième rang des hivers les plus doux depuis 1900.

Par Gaz d’aujourd’hui


Cet hiver a été « un condensé des contradictions climatiques contemporaines » résume Météo France dans son bilan hivernal. Entre le 7 janvier et le 19 février, une vaste zone dépressionnaire s’est installée de l’ouest de l’Irlande à la moitié nord de la France. Associée à un anticyclone des Açores positionné plus au sud, cette configuration a favorisé un défilé quasi continu de perturbations atlantiques. Résultat : des pluies presque quotidiennes sur une grande partie du pays, tombant sur des sols déjà fragilisés par un automne contrasté et des épisodes méditerranéens en décembre. Sur les seuls mois de janvier et février, la pluviométrie moyenne a dépassé 250 mm, soit un excédent de 70 % par rapport à la normale 1991-2020.

Un hiver parmi les plus arrosés depuis 1959

Février 2026 devient ainsi le mois de février le plus pluvieux enregistré depuis 1959, devant février 1970, avec des cumuls atteignant localement deux fois la normale. À l’échelle de la saison, l’excédent pluviométrique atteint 35 %. L’hiver 2025-2026 se classe au huitième rang des hivers les plus pluvieux depuis le début des mesures homogènes. Certaines villes battent des records saisonniers comme Quimper (798 mm) ou Montpellier (526 mm). De la Bretagne à la façade atlantique jusqu’au pourtour méditerranéen, il a plu plus d’un jour sur deux — et plus de deux jours sur trois en Bretagne. À l’inverse, le Grand Est reste la seule région en déficit marqué (- 15 %). Ces niveaux ne sont pas inédits : ils rappellent les débuts d’année 1995, 2014 ou 2016, déjà associés à d’importantes inondations dans l’Ouest. Mais leur répétition interroge.

Une activité record pour Vigicrues

L’enchaînement des perturbations, conjugué à des sols saturés, a entraîné une succession de crues majeures sur la Garonne, la Loire, la Charente ou encore la Maine. Selon Vigicrues, l’hiver totalise  30 jours en vigilance jaune, 32 jours en vigilance orange et 18 jours en vigilance rouge — un record absolu depuis la création du dispositif en 2006. Au total, 49 jours en vigilance orange ou rouge, « soit plus du double de la moyenne historique » indique Météo France. Le pic est atteint du 13 au 20 février lors du passage des tempêtes Nils et Pedro : 174 tronçons surveillés (83 départements) sont alors placés en vigilance, un niveau inédit. Si les hauteurs d’eau n’ont pas systématiquement battu les records absolus, elles correspondent à des crues historiques de référence : proche de 1981 sur la Garonne aval, comparable à 1982 sur la Maine à Angers, ou à 1994 sur la Charente à Saintes. Un facteur aggravant s’ajoute : les épisodes de fortes marées sur la façade atlantique, qui ont freiné l’écoulement des fleuves et accentué les débordements estuariens.

Des sols saturés, un printemps sous surveillance

En février, l’humidité des sols atteint des niveaux records en moyenne nationale. La quasi-totalité du territoire termine l’hiver avec des sols très humides. À court terme, ces réserves hydriques devraient retarder l’assèchement printanier. Mais le risque de sécheresse estivale n’est pas exclu : il dépendra des températures et des précipitations à venir. Les dernières années ont montré que des hivers très arrosés peuvent précéder des étés sévèrement secs.


Enneigement excédentaire et avalanches majeures


Après un début de saison tardif, l’enneigement est devenu excédentaire sur la plupart des massifs à partir de fin janvier. Dans certains secteurs des Alpes et des Pyrénées, on relève plus de 3 mètres de neige au-dessus de 2 000 mètres. Dans l’est des Pyrénées, notamment en Ariège et dans les Pyrénées-Orientales, l’enneigement a été exceptionnel. Cette accumulation, combinée à des épisodes de redoux brutal et de vent fort, a entraîné un risque avalanche marqué. Le 12 février, la Savoie a été placée en vigilance rouge avalanches — seulement la troisième activation de ce niveau depuis la création du dispositif il y a 25 ans. À l’inverse, les Vosges ont connu un enneigement fortement déficitaire, illustrant la variabilité régionale croissante du manteau neigeux.

Un hiver parmi les plus chaud

Paradoxalement, cet hiver très arrosé figure au quatrième rang des hivers les plus doux depuis 1900, avec une anomalie moyenne de + 1,7 °C. Seule la période du 24 décembre au 7 janvier a connu un épisode froid notable. Dès la mi-janvier, une douceur durable s’installe, culminant en février avec une anomalie de + 3,5 °C — deuxième mois de février le plus chaud derrière 1990. Aucun jour de février n’a été inférieur aux normales. Le 25 février, plusieurs villes ont enregistré des températures printanières : 20,4 °C à Paris, 21,2 °C à Cherbourg, 24 °C à Châteauroux, plus de 25 °C dans le Sud-Ouest. Depuis 2019, la France enchaîne les hivers anormalement chauds. La succession de perturbations a entraîné un déficit d’ensoleillement d’environ 20 % en février et de 5 % sur l’ensemble de l’hiver. Ce contraste — douceur thermique, précipitations intenses, déficit solaire — illustre une dynamique désormais bien documentée : dans un climat plus chaud, l’atmosphère peut contenir davantage de vapeur d’eau, augmentant le potentiel de précipitations extrêmes. Si aucun épisode isolé ne peut être attribué directement au changement climatique, la fréquence accrue des hivers doux et des séquences pluvieuses persistantes s’inscrit dans une tendance de fond.

L’hiver 2025-2026 ne constitue pas une anomalie isolée, mais un jalon supplémentaire dans l’évolution du climat français avec des hivers plus chauds, des précipitations plus concentrées et plus intenses, des épisodes hydrologiques étendus dans le temps et une variabilité régionale marquée. À court terme, les regards se tournent vers le printemps : la saturation des sols rend le territoire vulnérable à de nouvelles crues en cas de pluies abondantes. À plus long terme, cet hiver pose une question centrale : comment adapter les territoires à des régimes hydrologiques plus extrêmes, où excès d’eau hivernal et pénuries estivales peuvent coexister au sein d’une même année ?

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