R&D énergétique : la France confirme sa montée en puissance

Innovation
02/04/2026
8 min
Légende : La France est le quatrième pays européen en termes de part du PIB consacrée à la R&D publique en énergie. ©Shutterstock

Après une année 2023 record, les investissements publics français dans la recherche et développement en énergie marquent une consolidation en 2024, tout en confirmant une dynamique structurelle de hausse engagée depuis la fin des années 2010. À 2,2 milliards d’euros — et jusqu’à 2,5 milliards en incluant les démonstrateurs —, l’effort public reste élevé, plaçant la France au quatrième rang européen en part du PIB dédiée à la R&D publique en énergie. 

Par Laura Icart

Les investissements publics français dans la recherche et développement (R&D) en énergie atteignent 2,2 milliards d’euros en 2024, soit 0,1 % du PIB, selon les données du service des données et études statistiques (SDES). Elles progressent de 6 % en 2024 (en euros constants), après une envolée exceptionnelle en 2023 (+ 28 %). « En cinq ans, la hausse atteint désormais plus de 40 % et même près de 80 % si l’on remonte à 2019 en intégrant les effets des grands plans d’investissement » précise le SDES.

« C’est la cinquième année consécutive que la hausse des investissements est supérieure à 10 % »

La France s’est dotée il y a 10 ans d’une stratégie dédiée à la recherche énergétique en plus d’un important dispositif de démonstration et de partenariats public-privé visant les nouvelles technologies de l’énergie (NTE). Aujourd’hui, le soutien à la recherche et l’innovation constitue l’un des axes majeurs de la transition énergétique pour accompagner ces filières vers la maturité et la compétitivité propices à leur développement. Présente sur l’ensemble de la chaîne de valeur de la R&D (recherche fondamentale, industrielle, expérimentation pré–industrielle, démonstrations technologiques, etc.), la recherche française rassemble les organismes de recherche publique concernés par les enjeux énergétiques mais aussi de nombreuses entreprises. Les investissements publics français dans la R&D en énergie ont atteint les 2,2 milliards d’euros en 2024, soit environ à 0,1 % du PIB national, indique dans une note le SDES. Un montant qui atteint 2,5 milliards d’euros en 2023, « si l’on inclut aussi les investissements publics de démonstration » précise le ministère. L’augmentation des fonds alloués à la R&D énergie depuis 2019 est de 43 % et de 6 % (+ 1 milliard d’euros) par rapport à 2023. « C’est la cinquième année consécutive que la hausse des investissements est supérieure à 10 % » note le SDES. La France entre néanmoins dans une « phase de stabilisation », après l’accélération liée aux programmes massifs comme France 2030 et les projets européens structurants (Piiec). Cette dynamique est largement portée par les grands projets européens et bénéficie en priorité aux filières stratégiques : près de 1,5 milliard d’euros sont consacrés au nucléaire, à l’hydrogène et aux énergies renouvelables. En parallèle, 317 millions d’euros sont alloués à l’efficacité énergétique, tandis que le reste des financements se répartit entre stockage, énergies fossiles et technologies transversales. La part des investissements dans la R&D des énergies fossiles (hors capture carbone) a elle littéralement chuté, passant de 304 millions en 2022 à moins de 14 millions d’euros, « soit seulement 0,6 % des dépenses globales » en 2024, souligne le SDES.

Nucléaire et hydrogène, piliers d’une stratégie duale

La politique française repose sur un équilibre désormais bien établi : produire plus d’énergie décarbonée tout en optimisant les usages. Premier bénéficiaire, le nucléaire capte à lui seul 1,018 milliard d’euros en 2024, en hausse de 5 % sur un an, soit 46 % des financements publics. Un niveau historique, tiré notamment par le développement des petits réacteurs modulaires (SMR), en particulier le projet Nuward et le réacteur Jules Horowitz. Si la fission concentre toujours l’essentiel des crédits (90 %), la fusion recule ponctuellement (- 31 %), en raison de décalages de financement du programme Iter. Après deux années d’essor spectaculaire, la filière hydrogène entre « dans une phase de consolidation » indique le SDES. En 2024, les financements publics en R&D atteignent 314 millions d’euros, en légère hausse de 4 % sur un an. Dans le détail, 161 millions d’euros sont consacrés à l’hydrogène (production, stockage, transport, distribution) et 153 millions aux piles à combustible. Si la progression ralentit, la dynamique reste soutenue : les investissements ont été multipliés par quatre entre 2021 et 2024, sous l’effet notamment des projets structurants du plan France 2030 et des Piiec, qui accompagnent à la fois l’innovation technologique — comme les électrolyseurs — et le passage à l’échelle industrielle.

La hausse modeste de la R&D des renouvelables

L’investissement dans la R&D sur les énergies renouvelables est en hausse (+ 8 %) en 2024, à 204 millions d’euros. Leur part reste néanmoins modeste (9 % du total). Elle est principalement dédiée au solaire (77 millions d’euros) et à la biomasse (75 millions d’euros) suivi par l’éolien (20  millions d’euros) et les énergies marines (12 millions d’euros) et la géothermie (8 millions)… Le reste des investissements publics se répartit à part égale entre le stockage d’énergie hors transports (42 millions d’euros), en baisse, et la génération, distribution et transmission d’électricité (36 millions d’euros). La hausse observée en 2024 provient majoritairement de nouveaux investissements sur les biocarburants, qui augmentent de 35 % par rapport à l’année précédente. Avec le solaire, ils représentent les deux pôles principaux d’investissement dans les énergies renouvelables (respectivement 77 millions d’euros pour le solaire et 75 millions pour les biocarburants). Viennent ensuite l’éolien (20 millions d’euros), les énergies marines (12 millions) et la géothermie (8 millions). Cette progression s’inscrit dans une tendance de long terme — les investissements ont triplé depuis 2002 — mais reste en retrait par rapport à d’autres priorités jugées plus structurantes pour le système énergétique français.

L’efficacité énergétique portée par les transports

Avec 317 millions d’euros investis (+ 19 %), l’efficacité énergétique s’impose comme le deuxième poste d’investissement. Le secteur des transports en absorbe à lui seul les deux tiers, porté par les technologies de batteries et l’électrification. La montée en puissance de la « vallée de la batterie » dans les Hauts-de-France illustre cette orientation industrielle. Les investissements dans ce segment ont bondi de près de 90 % depuis 2019, confirmant le rôle clé de la mobilité dans la transition énergétique. À l’inverse, les investissements dans les énergies fossiles poursuivent leur chute, tombant à 51 millions d’euros (2 % du total), principalement consacrés à la capture et au stockage du CO₂. En parallèle, les technologies de stockage et d’électricité enregistrent la plus forte progression (+ 62 %), signe d’un enjeu croissant : gérer l’intermittence et sécuriser les réseaux dans un mix énergétique de plus en plus décarboné.

Une position solide en Europe

La France confirme son poids dans la recherche énergétique en Europe, tout en restant en retrait en intensité d’effort. Avec 2,5 milliards d’euros investis, elle affiche le premier volume total devant l’Espagne (2 milliards d’euros) et l’Allemagne (1,9 milliard d’euros), sur un total européen de 11,7 milliards d’euros. Mais rapporté au PIB, l’Hexagone se classe quatrième, avec 0,84 euro par millier d’euros de PIB, au-dessus de la moyenne européenne (0,75 euro) mais derrière la Norvège, l’Espagne et la Lettonie. Dans le détail, l’efficacité énergétique domine les investissements européens (30,7 %), devant le nucléaire (20,4 %), les renouvelables (14,8 %) et l’hydrogène (12,9 %). La France se distingue par son leadership dans le nucléaire (0,38 euro par millier d’euros de PIB, premier rang européen), mais reste en retrait sur l’efficacité énergétique (0,14 euro, contre 0,23 euro en Europe) et les renouvelables (0,08 euro). Elle se positionne en revanche légèrement au-dessus de la moyenne sur l’hydrogène (0,11 euro contre 0,10 euro), confirmant une stratégie encore très marquée par l’atome, mais en diversification progressive.

Au-delà des montants, c’est la structure des investissements qui évolue. Depuis 20 ans, la part du nucléaire recule progressivement (de 59 à 46 %), tandis que de nouveaux domaines — hydrogène, stockage, technologies transversales — émergent. La France ne réduit pas son effort : elle le redéploie.

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