Prix du carbone : Bruxelles ajuste le marché européen pour limiter la volatilité

Gouvernance
01/04/2026
4 min

La Commission européenne a proposé ce 1er avril de modifier en urgence un mécanisme clé du marché du carbone. Objectif : rassurer les industriels sans remettre en cause l’architecture du système avant une réforme plus large attendue cet été.

Par Gaz d’aujourd’hui

La Commission européenne amorce un premier ajustement de son marché du carbone. Sous pression de plusieurs États membres et d’industriels, Bruxelles a proposé, mercredi 1er avril, une modification ciblée de la réserve de stabilité du marché (MSR), un mécanisme central du système d’échange de quotas d’émission européen (ETS). L’objectif est clair : limiter la volatilité du prix du CO₂, qui évolue actuellement autour de 70 euros la tonne, sans remettre en cause l’architecture de cet outil clé de la politique climatique européenne.

Un mécanisme tampon renforcé

Au cœur de la réforme, un ajustement technique mais stratégique. Jusqu’ici, les quotas excédentaires stockés dans la réserve au-delà d’un seuil de 400 millions étaient automatiquement annulés. La Commission propose désormais de les conserver, afin de constituer une forme de « coussin » mobilisable en cas de tensions sur le marché. Ce changement vise à renforcer la capacité de la réserve à jouer pleinement son rôle contracyclique : retirer des quotas en période de surplus et en réinjecter en cas de pénurie ou de flambée des prix. Sans effet immédiat sur l’équilibre offre-demande, la mesure envoie néanmoins un signal aux acteurs économiques, alors que la volatilité des prix de l’énergie et les incertitudes géopolitiques compliquent les trajectoires d’investissement.

Répondre aux critiques sans détricoter le système

Depuis plusieurs mois, le marché carbone européen fait l’objet de critiques croissantes. Certains pays, notamment en Europe centrale ou en Italie, dénoncent son impact sur les prix de l’électricité et la compétitivité industrielle. À l’inverse, d’autres États, de l’Espagne aux pays nordiques, défendent fermement cet instrument, considéré comme un levier central de la décarbonation. Malgré les critiques, le bilan du système reste largement positif aux yeux de l’exécutif européen. Depuis 1990, les émissions de gaz à effet de serre de l’Union ont reculé de 39 %, tandis que son économie progressait de 71 %, une évolution en grande partie attribuée au marché carbone. Au-delà de la réduction des émissions, l’ETS a contribué à réduire la dépendance aux énergies fossiles importées et à orienter les investissements vers les énergies bas carbone. Mais, dans ce nouveau contexte, Bruxelles cherche un équilibre : corriger les effets de volatilité sans affaiblir le signal-prix carbone. Créé en 2005, le système ETS repose sur un principe simple : plafonner les émissions de CO₂ et laisser les entreprises s’échanger des quotas. Le volume total diminue progressivement, incitant les industriels à réduire leurs émissions.

Une réforme plus large attendue en juillet

La mesure présentée ne constitue qu’une première étape. Une révision plus profonde du système est attendue en juillet 2026, avec plusieurs sujets sensibles sur la table. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a déjà évoqué la possibilité d’étendre les quotas gratuits au-delà de 2034, alors qu’ils étaient censés disparaître progressivement. Bruxelles travaille également à la création d’un « accélérateur d’investissements » de 30 milliards d’euros, financé par les recettes du marché carbone, pour soutenir la décarbonation de l’industrie.

Avec cette première mesure, la Commission tente donc de répondre à une équation délicate : maintenir un prix du carbone suffisamment incitatif pour atteindre les objectifs climatiques, tout en évitant des variations trop brutales susceptibles de fragiliser l’industrie européenne. Un débat  qui promet de s’intensifier dans les prochains mois, alors que les États membres et le Parlement européen devront se prononcer sur ces ajustements.

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