Le gouvernement prêt à un coup de frein sur le solaire et l’éolien terrestre

Politique énergétique
04/02/2026
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La future programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), attendue depuis plus de deux ans, prévoirait moins de solaire et d’éolien terrestre qu’initialement annoncé. En cause, selon le gouvernement : une électrification qui n’avance pas assez vite. Une ligne qui crispe les écologistes et les filières du solaire et de l’éolien, qui dénoncent « un moratoire déguisé ».

Par la rédaction, avec AFP

La feuille de route énergétique de la France pour la prochaine décennie devrait enfin être dévoilée « dans les prochains jours ». Retardée par de profondes divisions politiques sur l’équilibre entre nucléaire et renouvelables qui n’ont eu de cesse de s’amplifier au fil des mois, la PPE devrait revoir à la baisse certains objectifs. En effet, le gouvernement entend ralentir le développement du solaire et de l’éolien terrestre. Mardi, à l’Assemblée nationale comme sur RMC-BFMTV, le ministre de l’Économie Roland Lescure a assumé ce réajustement. « On consomme moins d’électricité que ce qu’on avait prévu », a-t-il expliqué, évoquant une électrification des usages « qui n’est pas au rendez-vous ». Résultat : « sans doute moins » de solaire et d’éolien terrestre que prévu initialement, sans toutefois avancer de chiffres. Beaucoup d’acteurs craignent en effet que le rythme de développement du solaire et de l’éolien annoncé dans la prochaine PPE soit le R2 du bilan prévisionnel publié par RTE au mois de décembre, prévoyant une trajectoire de 42 GW en 2030 et de 55 GW en 2035, soit un rythme moyen de 2,5 GW par an, quand la filière solaire dépassait les 4 GW installés en 2024.

Priorité aux investissements dans le nucléaire et l’éolien en mer

Le ministre a en revanche réaffirmé la priorité donnée aux « investissements majeurs » dans le nucléaire, avec la construction annoncée de six nouveaux réacteurs, ainsi que dans l’éolien offshore. « Ce sont de grands projets industriels, avec des filières derrière », a-t-il insisté, appelant à un équilibre entre nucléaire, éolien marin, renouvelables terrestres et solaire. Ce diagnostic s’appuie sur les conclusions de RTE, le gestionnaire du réseau électrique, qui pointait en décembre un « retard » dans la dynamique d’électrification en France. Un paradoxe, selon RTE, alors que le pays dispose d’une production électrique « abondante et déjà décarbonée à 95 % », largement grâce au nucléaire. « Ce n’est pas notre objectif que d’interrompre le développement de filières industrielles qui contribuent à la décarbonation de la France », a souligné de son côté M. Lescure, devant les députés. « Le nucléaire, l’éolien offshore sont d’énormes projets industriels. Il y en a d’autres qui sont plus petits, plus locaux, qui nous permettent effectivement d’accélérer ou de ralentir l’installation de capacités en fonction de la demande », a-t-il poursuivi.

Un plan d’électrification pour relancer la demande

Conscient du décalage entre l’offre et la demande, le gouvernement promet désormais un « grand plan d’électrification des usages » (mobilité, bâtiment, industrie), qui accompagnera la publication de la PPE. Annoncé avec le Premier ministre Sébastien Lecornu, ce plan doit être présenté « dans les toutes prochaines semaines », une fois le budget définitivement adopté. « Il faut investir dans l’offre, mais aussi dans la demande », a résumé Roland Lescure, qui assure vouloir « consulter tout le monde » avant l’adoption finale de ces orientations.

Accusations de moratoire déguisé

Mais cette ligne ne passe pas à gauche. À l’Assemblée nationale, le ministre a dû réaffirmer qu’il n’y aurait « pas de moratoire sur les énergies renouvelables ». Un discours jugé hypocrite par la députée écologiste de Loire-Atlantique Julie Laernoes. Lors de la séance de questions au gouvernement, elle a dénoncé une PPE qui « plafonne le solaire à un niveau inférieur à la dynamique actuelle », revenant selon elle à bloquer de nouveaux projets. « Appeler cela autrement qu’un moratoire est une hypocrisie », a-t-elle lancé. L’élue pointe la responsabilité directe du gouvernement dans le ralentissement de l’électrification : recul des moyens pour la rénovation énergétique, suppression du leasing social pour les véhicules électriques, affaiblissement des politiques publiques de soutien. « Ce sont des emplois non délocalisables, des filières industrielles françaises et européennes, et notre crédibilité climatique qui sont mis en danger », avertit-elle.

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