La filière européenne du biométhane appelle à inscrire un objectif contraignant

La filière des gaz renouvelables est en plein essor en Europe, portée par une dynamique croissante. Le nombre d’unités de méthanisation en injection a plus que triplé en cinq ans et dépasse aujourd’hui les 40 TWh de production annuelle. © Shutterstock

Publié le 27/10/2023

4 min

Publié le 27/10/2023

Temps de lecture : 4 min 4 min

L’industrie européenne du biométhane appelle dans un courrier publié le 25 octobre à mettre un objectif contraignant de 35 milliards de mètres cubes de biométhane produit annuellement en 2030 dans le « Gas Package ». Pour la filière, il s’agit d’inscrire définitivement dans la loi européenne le développement du biométhane comme un levier de décarbonation majeur du mix énergétique de l’Union.

Par Laura Icart

 

En février, le Parlement européen avait fait inscrire de manière obligatoire un objectif de production annuelle de 35 milliards de mètres cubes de biométhane en 2030. Un choix salué par l’ensemble de la filière européenne du biométhane. Alors que les discussions en trilogue s’ouvriront le 7 novembre, 45 organisations européennes dont Eurogas, l’Association européenne du biogaz, l’espagnole Sedigas ou France gaz souhaitent rappeler à la Commission, aux États membres et à l’ensemble des décideurs publics européens, l’importance de graver dans le « paquet gazier » un objectif contraignant pour le biométhane injecté, une filière particulièrement dynamique en Europe, mais aussi la nécessité d’élargir cet objectif à l’ensemble des gaz renouvelables et bas carbone.

340 TWh par an de biométhane en 2030, un objectif « réalisable » selon la filière

L’Europe comptait 1 067 installations de production de biométhane à la fin de l’année 2021. Dans son dernier rapport, l’Association européen du biogaz indiquait que la production combinée de biogaz et de biométhane avait atteint 196 TWh en 2021, soit un peu plus de 18 milliards de mètres cubes de gaz renouvelable. La filière du biométhane connaît une croissance importante dans toute l’Europe avec une production qui s’élevait à la fin de l’année 2021 à plus de 37 TWh et un potentiel avéré puisque la stratégie RepowerUE prévoit une multiplication par 10 de cette production annuelle en 2030. Le nombre d’unités de méthanisation a augmenté de 30 % entre 2021 et 2022. Il y avait l’année dernière 22 pays producteurs de biométhane en Europe. Après une décennie d’injection dans les réseaux gaziers, la France, qui possède le plus grand parc (en nombre d’unités) de méthanisation en injection, est un pays moteur en Europe.

Une reconnaissance du potentiel

Le biométhane, c’est « une valeur assurantielle pour la sécurité énergétique de l’Europe » puisque sa production domestique apporte à l’Union fortement dépendante des énergies fossiles une énergie souveraine rappelait l’EBA dans un rapport qui appelait à reconnaître les externalités positives du biométhane. Dans le bâtiment, dans l’industrie comme dans les transports, « le biométhane est un outil utile qui contribue grandement au processus de transition et de décarbonisation de notre modèle énergétique » expliquent les organisations dans leur lettre publique. Inclure un objectif contraignant de 35 milliards de mètres cubes ou de 340 TWh produit annuellement pour le biométhane, c’est « donner aux États les moyens de concrétiser l’ambition inscrite dans le plan REPowerUE » mais c’est surtout « envoyer un signal politique fort » à l’ensemble d’une filière dont 90 % de la valeur ajoutée se situe et reste sur le continent européen et qui pourrait créer selon entre 1,1 et 1,8 million d’emplois sur l’ensemble de la chaîne de valeur en Europe d’ici à 2050, principalement dans des territoires ruraux.

Dans cette lettre, la filière européenne appelle à reconnaître l’ensemble des gaz renouvelables et bas carbone comme des outils de décarbonation du mix énergétique alors qu’elle travaille activement à la diversification technologique, la réduction des coûts de production et l’industrialisation de l’ensemble des technologies de production dans le cadre du projet Biométhaverse lancé il y a un an, qui réunit 22 partenaires et 9 pays européens, dont la France, et qui vise à augmenter de 66 % la production de biométhane en Europe et à atteindre l’objectif de 35 milliards de mètres cubes.