Énergie et climat : l’Inde fixe le cap pour 2035  

International
25/03/2026
5 min
Les émissions liées à l’énergie ont atteint 2 763 millions de tonnes de CO2, soit près de 8 % des émissions mondiales, avec une hausse de 210 % depuis 2000. En 2024, environ 13 % de l’électricité produite provenait de panneaux solaires ou d’éoliennes. ©Shutterstock/ Srinivasan.Clicks

L’Inde a dévoilé ses nouveaux engagements en matière de climat, très attendus mais jugés modestes par certains observateurs. Le pays prévoit de porter la part de sa production électrique d’origine non fossile à 60 % d’ici 2035, selon un document gouvernemental consulté par l’AFP. Le pays le plus peuplé de la planète, avec près de 1,5 milliard d’habitants, s’engage également à réduire de 47 % l’intensité de ses émissions de gaz à effet de serre, c’est-à-dire le rapport entre ses émissions et son produit intérieur brut, par rapport à leur niveau de 2005.

Par Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la demande énergétique en Inde augmente rapidement, avec des implications majeures pour le marché mondial. Avec une population et une économie en forte croissance, l’Inde voit sa demande énergétique croître sous l’effet de l’urbanisation et du développement industriel. Cette demande est satisfaite par diverses sources, le charbon restant la principale. « Le pays continue de développer le cadre institutionnel nécessaire pour attirer les investissements » estime l’AIE.

Une décarbonation ambitieuse

Le pays le plus peuplé de la planète, avec près de 1,5 milliard d’habitants, prévoit donc une réduction de 47 % de l’intensité de ses émissions de gaz à effet de serre, c’est-à-dire le rapport entre ses émissions et son produit intérieur brut, par rapport à leur niveau de 2005. L’Inde s’engage par ailleurs à accroître la capacité de ses puits de carbone, actuellement évaluée à 2,3 milliards de tonnes, pour atteindre 3,5 à 4 milliards de tonnes d’ici 2035, grâce à des programmes de reforestation et de plantation d’arbres. Avec 4,4 milliards de tonnes de dioxyde de carbone émises en 2024, selon l’ONU, l’Inde est le troisième pollueur mondial, derrière la Chine et les États-Unis. Toutefois, rapportées à la population, ses émissions par habitant restent nettement inférieures à celles des pays développés, tout comme sa contribution historique au réchauffement climatique global.

Plus d’énergies propres

La sécurité électrique « s’est améliorée grâce à un système national unique et à des investissements massifs dans les énergies propres » indique néanmoins l’agence basée à Paris. La part du solaire et de l’éolien a doublé entre 2016 et 2018, passant de 4 à 8 %, tandis que les gains d’efficacité énergétique ont permis d’éviter 15 % de demande supplémentaire et 300 millions de tonnes de CO₂ sur la période 2000-2018. Depuis 2000, 700 millions de personnes ont eu accès à l’électricité et 80 millions de nouvelles connexions LPG ont été installées pour la cuisson propre. En 2023, le mix énergétique indien selon l’AIE était composé pour 46,4 % de charbon et produits dérivés, pour 24,7 % de pétrole, pour 5,3 % de gaz naturel et pour 1,1 % chacun de nucléaire et d’hydroélectricité. Les énergies renouvelables représentaient 1,8 % et les biocarburants et déchets 19,5 %. La part des renouvelables dans la production électrique s’élevait à près de 20 %, tandis que l’intensité énergétique de l’économie avait diminué de 36 % depuis 2000.

Objectif neutralité carbone en 2070

Conformément à l’accord de Paris, que l’Inde a signé, le pays doit présenter tous les cinq ans un calendrier de ses engagements, les “contributions déterminées au niveau national” (NDC). Le gouvernement s’est engagé à atteindre la neutralité carbone en 2070. L’an dernier, l’Inde avait déjà annoncé que 50 % de sa capacité électrique provenait désormais de sources renouvelables, cinq ans avant l’échéance initialement fixée par l’accord de Paris. Cependant, près des trois quarts de l’électricité sont toujours produits par des centrales à charbon très polluantes, loin de l’objectif de 43 % prévu pour 2030.

Solaire, éolien et mobilité électrique encore insuffisants

En 2024, environ 13 % de l’électricité produite provenait de panneaux solaires ou d’éoliennes. La mobilité électrique reste embryonnaire : à peine 2,5 % des véhicules vendus en 2025 étaient propulsés par des moteurs électriques. Selon S&P Global, à peine 2,5% des voitures vendues en 2025 en Inde étaient propulsées par des moteurs électriques. New Delhi a récemment fait l’objet de critiques pour avoir tardé à publier ses NDC, notamment de la part de la France qui avait menacé de bloquer des fonds européens destinés à la décarbonation du pays. Les NDC publiées mercredi « sont un signal clair d’intégrité et d’engagement » de l’Inde, s’est réjoui Harjeet Singh, de la fondation Satat Sampada Climate, ajoutant qu’elle pouvait toutefois « accélérer encore plus ses efforts« . « Le signal envoyé par l’Inde démontre que le chemin ouvert par le Sud global en matière d’ambitions climatiques est concret et réel« , a pour sa part salué Avantika Goswami, du Centre for Science and Environment. D’autres experts ont toutefois jugé ces annonces décevantes. Les promesses indiennes en matière de production d’électricité « verte » sont par contre « plus significatives et bienvenues« , a-t-elle tempéré.

Le gouvernement de Narendra Modi privilégie le développement économique, avec un taux de croissance supérieur à 7 %, jugé insuffisant pour créer suffisamment d’emplois et réduire la pauvreté. Cette croissance implique une demande énergétique en forte hausse, difficilement satisfaisable rapidement autrement que par des infrastructures de forte puissance, comme les centrales à charbon ou nucléaires.

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