L’Europe confrontée à une année de records climatiques sur tous les fronts

Climat
09/06/2026
10 min
Au Groenland, la calotte glaciaire a perdu environ 139 milliards de tonnes de glace au cours de l’année. ©shutterstock

Canicules jusqu’au cercle polaire, océans surchauffés, glaciers en recul, incendies records : le dernier rapport européen sur l’état du climat publié conjointement le mois dernier par le service européen Copernicus et l’Organisation météorologique mondiale (OMM) confirme l’entrée du continent dans une nouvelle ère climatique.

Par Laura Icart

L’Europe n’est plus seulement un témoin du réchauffement climatique mondial. Elle en est désormais l’un des principaux laboratoires. Le rapport annuel « European State of the Climate 2025 », publié conjointement par le service européen Copernicus et l’Organisation météorologique mondiale (OMM), dresse le constat d’un continent confronté à une multiplication des extrêmes climatiques, dans une année marquée par une succession de records. L’année 2025 a été la plus chaude ou la deuxième plus chaude jamais enregistrée dans plusieurs pays du nord de l’Europe. Sur l’ensemble du continent, les températures ont dépassé les normales sur près de 95 % du territoire. Plus frappant encore, l’Europe continue de se réchauffer à un rythme deux fois supérieur à la moyenne mondiale, confirmant son statut de continent qui se réchauffe le plus rapidement sur la planète.

Une Europe qui se réchauffe plus vite que le reste du monde

Depuis les années 1980, les températures européennes augmentent à une vitesse exceptionnelle. Selon les auteurs du rapport, le continent a déjà gagné environ 2,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle, contre environ 1,4 °C à l’échelle mondiale. Plusieurs facteurs expliquent cette accélération : la diminution de la pollution atmosphérique, qui laisse davantage de rayonnement solaire atteindre le sol, la réduction de l’enneigement qui diminue la capacité des surfaces à réfléchir la chaleur, ainsi que des modifications de la circulation atmosphérique favorisant les épisodes chauds. Cette dynamique est particulièrement visible dans les régions septentrionales. L’Arctique demeure la zone qui se réchauffe le plus rapidement au monde, et certaines régions européennes proches du cercle polaire connaissent désormais des températures autrefois inimaginables.

Une chaleur exceptionnelle du bassin méditerranéen jusqu’au cercle polaire

L’année 2025 a été marquée par une succession de vagues de chaleur d’une intensité exceptionnelle. Presque tout le continent – entre 95 % et 99 % selon les indicateurs utilisés – a enregistré des températures supérieures à la normale. Le mois de juillet a vu se produire la deuxième vague de chaleur la plus sévère jamais observée en Europe, avec une durée de 25 jours, du 7 au 31 juillet. Quelques semaines plus tôt, entre le 17 juin et le 2 juillet, l’Espagne, le Portugal, la France et le sud du Royaume-Uni avaient déjà connu les températures moyennes les plus élevées jamais enregistrées pour cette période de l’année. En Turquie, un seuil symbolique a été franchi : 50,5 °C ont été relevés à Silopi le 25 juillet, première température supérieure à 50 °C mesurée dans le pays. En Grèce, les autorités estiment que 85 % de la population a été exposée à des températures proches ou supérieures à 40 °C. Mais l’événement le plus spectaculaire s’est produit loin des régions méditerranéennes. En juillet, la Scandinavie subarctique a connu la canicule la plus sévère jamais enregistrée dans la région. L’épisode a duré 21 jours consécutifs, du 12 juillet au 1er août, établissant un record absolu de durée. Des températures supérieures à 30 °C ont été observées jusqu’au cercle polaire arctique, avec un maximum de 34,9 °C à Frosta, en Norvège. Dans cette région où l’on observe habituellement un ou deux jours par an de fort stress thermique, certaines zones ont connu près de deux semaines consécutives à ce niveau. « Voir près de deux semaines de fort stress thermique en Scandinavie subarctique souligne l’impact du changement climatique et le potentiel de chaleurs dangereuses dans des régions où elles étaient historiquement rares ou inexistantes », notent les auteurs.

La canicule gagne le Nord

L’un des événements les plus marquants de l’année s’est produit loin des rivages méditerranéens. En juillet, la Scandinavie subarctique a subi la canicule la plus sévère jamais observée dans la région. Pendant 21 jours consécutifs, des températures proches ou supérieures à 30 °C ont été enregistrées jusqu’au cercle polaire arctique. À Frosta, en Norvège, le thermomètre a atteint 34,9 °C. Ce phénomène illustre l’évolution profonde du climat européen. Dans une région qui ne connaissait traditionnellement que quelques jours de forte chaleur par an, certaines zones ont subi près de deux semaines de stress thermique intense. Les scientifiques y voient un signal particulièrement révélateur de l’impact du changement climatique sur les hautes latitudes. À l’échelle du continent, juillet 2025 a également été marqué par la deuxième vague de chaleur la plus sévère jamais enregistrée en Europe, touchant successivement la péninsule Ibérique, la France, l’Italie, les Balkans et jusqu’à la Scandinavie. En Turquie, la température a franchi pour la première fois le seuil symbolique des 50 °C.

Des océans européens en surchauffe

Le réchauffement n’affecte pas uniquement les terres. Les mers européennes ont enregistré en 2025 leur température moyenne de surface la plus élevée depuis le début des observations. Plus de 86 % des eaux européennes ont connu des conditions de canicule marine au moins « fortes », un record absolu. Cette surchauffe marine contribue à renforcer les vagues de chaleur terrestres, notamment en Méditerranée occidentale. Elle menace également les écosystèmes marins, déjà fragilisés par la pollution et la surpêche. Coraux d’eau froide, herbiers marins et nombreuses espèces de poissons voient leurs habitats se transformer à une vitesse inédite.

Une Europe plus sèche malgré des épisodes d’inondation

Si les inondations ont été moins généralisées qu’en 2024, l’année a été marquée par de forts contrastes hydrologiques. Les sols européens ont connu l’une de leurs trois années les plus sèches depuis le début des relevés en 1992, tandis que 70 % des cours d’eau présentaient un débit inférieur à la moyenne. Ces conditions ont favorisé des incendies d’une intensité exceptionnelle. Les surfaces brûlées et les émissions liées aux feux de forêt ont atteint des niveaux records. L’Espagne, le Portugal, la Grèce ou encore Chypre ont été particulièrement touchés. Le Royaume-Uni a, de son côté, enregistré sa plus forte superficie brûlée depuis le début du suivi satellitaire. Les scientifiques évoquent « de forts contrastes régionaux dans les conditions hydrologiques ». Certaines régions ont été confrontées à des sécheresses persistantes, tandis que d’autres ont subi des épisodes de pluies intenses et des crues soudaines. Les inondations ont néanmoins été moins généralisées qu’en 2024. Selon les estimations préliminaires, les tempêtes et inondations ont causé au moins 21 décès et affecté environ 14 500 personnes sur le continent.

Les incendies atteignent des niveaux records

Les conditions chaudes et sèches ont également favorisé une saison exceptionnelle des feux de forêt. Le rapport indique que les surfaces brûlées et les émissions de carbone liées aux incendies ont atteint des niveaux records en Europe. Dans le nord-ouest de l’Espagne et au Portugal, les incendies ont généré les émissions annuelles les plus élevées depuis le début des observations satellitaires. Le Royaume-Uni a enregistré sa plus vaste superficie brûlée depuis le début du suivi en 2012. En Grèce, plus de 50 départs de feu ont été recensés en seulement 24 heures lors d’un épisode particulièrement critique.

Glaciers et neige : le recul se poursuit

Le rapport confirme également la poursuite de la fonte généralisée des glaciers européens. Toutes les régions glaciaires du continent ont enregistré « une perte nette de masse en 2025« . Au Groenland, la calotte glaciaire a perdu environ 139 milliards de tonnes de glace au cours de l’année. L’enneigement poursuit lui aussi son déclin. L’étendue et la masse du manteau neigeux à la fin de la saison hivernale figurent parmi les plus faibles jamais observées, confirmant une tendance qui affecte à la fois les ressources en eau et les activités économiques liées à la montagne. Cette diminution de la neige et de la glace alimente un cercle vicieux. En réduisant l’albédo – la capacité des surfaces à réfléchir le rayonnement solaire –, elle favorise une absorption accrue de chaleur et accélère encore le réchauffement régional.

Une transition énergétique qui progresse

Au milieu de ce constat préoccupant, un indicateur témoigne néanmoins de l’évolution du système énergétique européen. En 2025, les énergies renouvelables ont fourni 46,4 % de l’électricité consommée en Europe, un record historique. L’énergie solaire représente désormais 12,5 % du mix électrique, également un niveau inédit. Une progression significative, mais qui ne suffit pas encore à inverser la tendance globale. Les concentrations atmosphériques de dioxyde de carbone et de méthane continuent d’augmenter, tandis que les 11 dernières années sont désormais les 11 plus chaudes jamais enregistrées à l’échelle mondiale.

Pour les auteurs du rapport, 2025 ne constitue pas une anomalie isolée mais une nouvelle étape dans une transformation profonde du climat européen. Leur conclusion résonne comme un avertissement : si le rythme actuel de réchauffement se poursuit, le seuil de 1,5 °C de réchauffement global pourrait être atteint avant la fin de la décennie. L’Europe, déjà réchauffée de 2,5 °C, en offre aujourd’hui l’illustration la plus visible.

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