Booster les gaz renouvelables en Auvergne-Rhône-Alpes

En Auvergne- Rhône-Alpes, 53 sites injectent dans les réseaux gaziers pour une puissance installée de 635 GWh/an. ©Gregory Bandel

Publié le 21/12/2023

6 min

Publié le 21/12/2023

Temps de lecture : 6 min 6 min

Le  18 décembre, l’État, la région Auvergne-Rhône-Alpes, l’Ademe, GRDF, GRTgaz, la chambre régionale d’agriculture, Bpifrance, Auvergne-Rhône-Alpes Énergie Environnement et l’association régionale des syndicats d’énergie départementaux Teara ont renouvelé leurs ambitions communes, avec la signature d’une nouvelle charte « Ambitions biogaz 2028 », de développer le potentiel des gaz renouvelables dans une région qui concentre un tiers des entreprise de la filière méthanisation.

Par Laura Icart

 

En 2019, huit partenaires institutionnels et techniques ont lancé une charte régionale « Ambitions biogaz 2023 » pour soutenir et accompagner le développement d’une méthanisation « vertueuse » en Auvergne-Rhône-Alpes à travers un accompagnement des projets, un partage des connaissances et des retours d’expériences. Cinq ans après, c’est l’heure du bilan pour les acteurs de la filière régionale, alors que la production de biométhane est en plein essor en France avec une capacité installée qui dépasse les 11 TWh.

Une région dynamique et attractive

En 2019, la région comptait 93 unités de méthanisation avec une puissance installée de 46 GWh injectés dans les réseaux de gaz équivalant à la consommation annuelle énergétique e 9 200 foyers et 260 GWh valorisés en cogénération, en cohérence avec le schéma régional biomasse (SRB) adopté en juillet 2020. La charte 2019-2023 fixait un certain nombre d’objectifs quantitatifs à atteindre à la fin de cette année : 180 unités en service, près de 1 TWh injecté dans les réseaux et 480 GWh valorisés en cogénération. À date, les objectifs ne sont pas atteints (585 GWh de biométhane ou d’électricité injectés et 153 unités en service), notamment en raison d’une année 2023 où les acteurs de la filière ont observé « un tassement » des mises en service comme des projets, dû à plusieurs facteurs : contexte économique inflationniste, manque de visibilité et baisse des dispositifs d’accompagnement. Mais c’est le dynamisme et un écosystème régional particulièrement attractif que les acteurs de la filière ont tenu à mettre en avant : le nombre d’unités a été multiplié par deux en cinq ans et la région concentre un tiers des entreprises de la filière méthanisation présentes sur toute la chaîne de valeur, qu’il s’agisse de bureaux d’étude spécialisés, d’assembliers ou d’équipementiers (spécialement sur le traitement du biogaz et de la valorisation du biogaz), avec des pépites industrielles comme Prodeval ou Waga Energy qui exportent leur savoir-faire à l’international. En 2022, cette filière représente environ 1 300 emplois directs.

Un potentiel important

Depuis 2018, le rythme de développement régional « s’est établi à une quinzaine d’installations mises en service par an » indique la charte, principalement comme au niveau national, porté par le monde agricole. Depuis 2022, ce sont désormais majoritairement des unités en injection qui sont mises en service dans la région. Un dynamique « positive » sur la filière mais qui reste « bien en deçà » du potentiel régional si l’on tient compte du gisement et de la trajectoire définie dans le SRB qui fait de la méthanisation la troisième source d’énergie renouvelable en région (après le bois et le photovoltaïque) à horizon 2035. Celui-ci vise une mobilisation de 12 millions de tonnes de matières brutes méthanisables, constituées à 90 % d’effluents d’élevage, de résidus de culture et de couverts végétaux intermédiaires, soit environ 10 % du potentiel mobilisable au niveau national estimé à environ 130 millions de tonnes selon Solagro et à 10 % de biodéchets. Un gisement valorisable qui doit permettre, toujours selon le SRB, qui sert également de base aux ambitions portés par les schémas régionaux d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires, une production de 5,5 TWh par an, dont près de 4 TWh par an de biométhane injecté, « soit une progression annuelle moyenne d’environ  240 GWh » précise le document. Un développement qui sous-entend la mise en service d’environ 540 méthaniseurs supplémentaires entre 2024 et 2035, « soit un rythme annuel moyen de mises en service d’environ 45 installations, dont une trentaine en injection », contre une quinzaine aujourd’hui. À la fin de l’année 2022, « seul 6 % du gisement identifié dans le SRB a été mobilisé » précise la charte.

Et de nouvelles ambitions

Pour accroître le potentiel de cette filière, les signataires de la charte « Ambitions biogaz 2023 » – qui a permis un certain nombre d’avancées en cinq ans comme le pilotage d’une campagne de détection des émissions de biogaz lors de la méthanisation pour diminuer l’impact sur la qualité de l’air, l’accompagnement et le développement de formations dédiées à la méthanisation, des expérimentations avec des cultures intermédiaires à vocation énergétique (cives) ou encore l’organisation de plusieurs ateliers et webinaires pour faciliter l’appropriation locale des projets – ont décidé de se réengager pour cinq années supplémentaires avec une nouvelle charte « Ambitions biogaz 2028 » et un nouveau partenaire, l’association Terea, qui regroupe tous les syndicats d’énergie régionaux d’Auvergne-Rhône-Alpes. « La région souhaite faire de la méthanisation et du développement des gaz verts un des piliers de sa transition énergétique » a déclaré Thierry Kovacs, vice-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes délégué à l’environnement et à l’écologie positive. « Nous serons aux côtés de l’ensemble des acteurs pour contribuer à la structuration et au déploiement de la filière et stimuler l’innovation. Le développement des gaz verts contribuera à faire d’Auvergne-Rhône-Alpes la première région décarbonée. “ Une tonalité partagée par l’ensemble des acteurs  de la chambre d’agriculture, en passant par l’Ademe et les gestionnaires de réseaux de distribution et de transport de gaz présents, qui affichent la volonté commune de renforcer la durabilité de la filière et la pérennisation d’un écosystème industriel attractif avec aussi en ligne de mire la pyrogazéification, la gazéification hydrothermale et le power-to-méthane, et des besoins déjà identifiés sur certains déchets.

En octobre 2023, la production régionale équivalait à peu plus de 1 % de la consommation de gaz. D’ici cinq ans, le gaz renouvelable pourrait couvrir 3,1 % de la consommation selon l’observatoire Open data réseaux énergies (Odré), porté aussi par le dynamisme des nouvelles filières qui pourraient représenter environ 85 GWh par an de biométhane supplémentaire.