Au Havre, Engie et CMA CGM veulent produire du biométhane pour les navires

Gaz renouvelable
14/10/2026
7 min

Les deux groupes français ont signé un accord-cadre pour développer une unité de production de biométhane dans la zone industrialo-portuaire du Havre. À partir de 2029-2030, le site doit fournir 7 000 tonnes de gaz renouvelable par an à la flotte de CMA CGM. Pour l’énergéticien comme pour l’armateur, l’enjeu dépasse la seule réduction des émissions : il s’agit aussi de sécuriser une nouvelle filière d’approvisionnement en carburants renouvelables.

Par Gaz d’aujourd’hui

Engie et CMA CGM n’ont pas renoncé à produire du gaz renouvelable au Havre. Après l’abandon du projet Salamandre, les deux groupes français reviennent dans la zone industrialo-portuaire avec une nouveau projet de méthanisation cette fois. « Nous franchissons une étape importante pour le passage à l’échelle du biométhane en France », a indiqué Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, alors ce projet constituera le plus important site de production de biométhane du groupe en France. Le projet sera développé par Engie, qui prendra en charge la conception technique et les procédures d’autorisation. Sous réserve d’une décision finale d’investissement, l’énergéticien assurera ensuite la construction et l’exploitation du site. CMA CGM participera de son côté au financement comme actionnaire minoritaire, via Pulse, son fonds consacré aux technologies et infrastructures de décarbonation.

Une capacité de 100 GWh par an

À partir de 2029-2030, l’installation doit produire 7 000 tonnes de biométhane par an, soit environ 100 GWh. Le gaz sera injecté dans le réseau européen puis attribué à la consommation de la flotte de CMA CGM dans le cadre d’un dispositif certifié garantissant la traçabilité des volumes. Les deux groupes évaluent à environ 23 000 tonnes par an les émissions de CO₂ qui pourraient ainsi être évitées. Selon eux, l’utilisation du biométhane permet une réduction d’au moins 67 % des émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble du cycle de vie par rapport aux carburants marins conventionnels.

100 000 tonnes de digestat produites chaque année

L’unité doit également générer environ 100 000 tonnes de digestat chaque année. Cette matière organique riche en nutriments pourra être utilisée comme fertilisant naturel par les agriculteurs locaux. Le projet prévoit aussi la récupération de 13 000 tonnes de CO₂ biogénique, qui pourront ensuite être commercialisées.

Le biométhane directement utilisable par la flotte

Pour CMA CGM, l’intérêt du biométhane tient notamment à sa compatibilité avec les navires déjà équipés pour fonctionner au GNL. Le carburant peut être utilisé sans modification des moteurs ni des infrastructures de soutage existantes. Selon Engie et CMA CGM, il permet de réduire d’au moins 67 % les émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble de son cycle de vie par rapport aux carburants marins conventionnels. « Pour soutenir cette transition, nous devons sécuriser un accès à long terme aux carburants renouvelables », souligne Rodolphe Saadé, président-directeur général de CMA CGM.

Plus de 200 navires bicarburants en 2030

L’enjeu dépasse le seul projet havrais. CMA CGM prévoit que plus de 200 navires équipés de moteurs bicarburants auront rejoint sa flotte d’ici à 2030. Ces bâtiments pourront fonctionner avec du biométhane, mais également avec du biométhanol ou des carburants de synthèse. Depuis près d’une décennie, l’armateur investit dans le renouvellement de sa flotte et dans des motorisations capables d’utiliser des carburants moins carbonés. La question de l’accès aux volumes devient donc stratégique. « En développant une filière d’approvisionnement en carburant renouvelable en France, nous renforçons notre résilience et contribuons à la souveraineté énergétique de notre pays et de l’Europe », estime Rodolphe Saadé.

Exit Salamandre

Ce nouvel investissement intervient après l’échec de Salamandre, un précédent projet porté au Havre par Engie avec le soutien de CMA CGM. Salamandre devait produire du gaz renouvelable de deuxième génération à partir de biomasse sèche et de combustibles solides de récupération. Le projet reposait sur la pyrogazéification, une technologie permettant de convertir ces matières en gaz de synthèse avant de produire du méthane renouvelable. Salamandre devait atteindre environ 11 000 tonnes de gaz renouvelable par an, soit de l’ordre de 170 GWh et représentait également un investissement industriel nettement plus important. Mais les études techniques et économiques ont progressivement remis en cause sa viabilité. L’augmentation du coût de l’investissement nécessaire a finalement conduit Engie à abandonner le projet en 2025. L’énergéticien avait alors expliqué que les études d’ingénierie avaient fait apparaître un niveau d’investissement supérieur aux estimations initiales, ne permettant plus d’assurer l’équilibre financier du projet.

Unir ses forces

Pour les deux groupes, l’objectif reste cependant identique : produire en France une partie des carburants renouvelables nécessaires à la décarbonation du transport maritime. Le groupe français vise une capacité annuelle de 10 TWh en Europe d’ici à 2035, contre 1,2 TWh actuellement. « Ce partenariat avec CMA CGM illustre la manière dont les acteurs industriels et énergétiques peuvent unir leurs forces pour développer des solutions concrètes permettant de décarboner les secteurs difficiles à électrifier », souligne Catherine MacGregor. Le transport maritime fait précisément partie des activités pour lesquelles l’électrification directe demeure difficile à grande échelle.

Pour Engie et CMA CGM, le nouveau projet constitue autant une relance de leur coopération dans le biométhane qu’un test : démontrer qu’un modèle industriel plus mature et plus resserré peut réussir là où Salamandre n’avait pas trouvé son équilibre économique.

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