Quatre infos à retenir cette semaine

En bref...
25/05/2026
8 min
©Obatala-photography / Shutterstock.

La filière française des énergies marines renouvelables marque nettement le pas en 2025 avec un recul simultané des emplois, des investissements et du chiffre d’affaires, révélant la dépendance persistante du secteur au calendrier des grands projets offshore. Dans le même temps, Bruxelles durcit fortement sa politique commerciale sur l’acier afin de protéger une industrie européenne fragilisée par la surcapacité mondiale et les importations asiatiques à bas coût. En France, la réforme territoriale de l’Ademe voulue par le gouvernement se heurte aux réserves du Conseil d’État, qui conteste juridiquement la mise à disposition forcée des agents auprès des préfets de région. Enfin, la CRE met en garde contre les risques de surcoûts liés au futur méga-appel d’offres éolien en mer AO10, dont les coûts de raccordement pourraient atteindre 20 milliards d’euros, dans un contexte de concurrence affaiblie.

Par Gaz d’aujourd’hui

Énergies marines renouvelables : la filière française marque le pas en 2025

Présenté le 19 mai, lors de Seanergy, le dixième bilan annuel de l’Observatoire des énergies de la mer met en lumière un net ralentissement de la filière française des énergies marines renouvelables (EMR). Emplois, investissements et chiffre d’affaires reculent simultanément, révélant la forte dépendance du secteur au rythme des chantiers offshore. Le nombre d’emplois directs a reculé de 7 % sur un an. La filière comptait 7 695 équivalents temps plein (ETP) fin 2025, soit 559 postes de moins qu’en 2024. Dans le même temps, les investissements ont diminué pour la deuxième année consécutive, à 2,7 milliards d’euros, en baisse de 11 %. Le chiffre d’affaires global du secteur accuse également un net recul. Il s’établit désormais à 3,2 milliards d’euros, soit une contraction de 20 % sur un an. L’activité à l’export est particulièrement touchée : les revenus internationaux tombent à 943 millions d’euros, en chute de 41 %. Pour les acteurs du secteur, cette dégradation reflète avant tout un ralentissement temporaire des grands projets en mer. Le bilan 2025 illustre ainsi « la forte cyclicité économique » des EMR françaises, encore largement dépendantes des grands appels d’offres publics et du séquencement des projets éoliens offshore. Si la France dispose désormais d’une base industrielle structurée, la visibilité sur les futurs chantiers devient déterminante pour stabiliser l’activité. Les professionnels du secteur attendent notamment l’accélération des prochains appels d’offres et le développement de l’éolien flottant, présenté comme le futur relais de croissance de la filière. Malgré le trou d’air observé en 2025, les perspectives de moyen terme restent soutenues par les objectifs énergétiques nationaux et européens. Mais le secteur devra désormais démontrer sa capacité à lisser son activité industrielle entre deux vagues de projets.

Bruxelles durcit sa riposte face à la surcapacité mondiale d’acier

Le Parlement européen a largement approuvé mardi un nouveau règlement destiné à protéger le marché européen de l’acier face à l’afflux d’importations à bas prix provoqué par la surcapacité mondiale du secteur. Adopté par 606 voix contre 16, avec 39 abstentions, le texte remplacera les mesures de sauvegarde actuellement en vigueur depuis 2018 et arrivant à échéance le 30 juin 2026. Le nouveau dispositif prévoit un durcissement significatif des protections commerciales européennes. Les volumes d’acier pouvant être importés sans droits de douane seront ramenés à 18,3 millions de tonnes par an, soit une baisse de 47 % par rapport aux quotas appliqués en 2024. Au-delà de ces contingents, les importations seront désormais soumises à des droits de douane de 50 %, contre 25 % actuellement. Le règlement étend également ces droits aux produits sidérurgiques qui ne seraient pas couverts par les quotas. Cette réforme intervient dans un contexte de tensions croissantes sur le marché mondial de l’acier, marqué par la montée des capacités de production chinoises, la pression des exportations asiatiques et le ralentissement de la demande européenne. Bruxelles cherche à éviter une déstabilisation accrue d’une industrie considérée comme stratégique, tant sur le plan industriel que géopolitique. Le texte introduit également une nouvelle règle dite de « fusion et coulée » destinée à renforcer la traçabilité des produits sidérurgiques. Désormais, l’origine de l’acier sera déterminée par le lieu où il a été fondu et coulé pour la première fois, afin de limiter les stratégies de contournement consistant à effectuer des transformations minimales dans des pays tiers avant réexportation vers l’Union européenne. Au-delà de la seule dimension commerciale, Bruxelles inscrit désormais clairement l’acier dans le champ des enjeux de souveraineté industrielle et de défense alors que le secteur européen reste fragilisé par plusieurs années de pression concurrentielle internationale, de hausse des coûts énergétiques et de ralentissement économique. Selon les chiffres rappelés par le Parlement, l’industrie sidérurgique européenne a perdu environ 100 000 emplois depuis 2008. Le règlement doit désormais être formellement approuvé par le Conseil avant son entrée en vigueur prévue le 1er juillet 2026.

Réforme territoriale de l’Ademe : fortes réserves du Conseil d’État

La réforme des directions régionales de l’Ademe voulue par le gouvernement suscite une vive opposition au sein de l’agence et jusque dans son conseil d’administration. Insérée à l’article 7 du projet de loi « État local », présenté le 20 mai en conseil des ministres, la mesure prévoit de placer les délégations régionales de l’établissement public sous l’autorité du préfet de région et d’intégrer leurs activités aux Dreal. Le texte prévoit également une « mise à disposition d’office » des personnels de l’Ademe auprès des services déconcentrés de l’État pour une durée de trois ans, renouvelable à leur demande, conférant ainsi au préfet une autorité hiérarchique directe sur ces agents. Dans son avis rendu public le 21 mai, le Conseil d’État émet toutefois de sérieuses réserves juridiques sur ce dispositif. La haute juridiction administrative estime notamment que cette mise à disposition forcée des salariés — majoritairement employés sous contrat de droit privé — porte atteinte à leurs droits contractuels et apparaît insuffisamment justifiée par un motif d’intérêt général. Elle considère que cette atteinte n’est acceptable ni « dans sa portée » ni « dans le temps » et recommande en conséquence que ces transferts ne puissent se faire qu’avec l’accord des agents concernés. 

La CRE alerte sur les risques de surcoûts du futur méga-appel d’offres éolien en mer

La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a exprimé plusieurs réserves sur le futur appel d’offres « AO10 » portant sur 11 projets éoliens en mer, estimant que son ampleur et son calendrier pourraient affaiblir la concurrence et générer des surcoûts importants pour le système électrique. Dans son avis publié mardi, le régulateur juge le périmètre du dispositif « particulièrement ambitieux » dans un contexte déjà marqué par le faible nombre de candidats aux précédentes procédures AO7 et AO8. La CRE souligne notamment que les coûts de raccordement pourraient atteindre environ 20 milliards d’euros et s’inquiète du risque de « coûts échoués élevés » en cas de désistement de certains lauréats. Elle recommande également de limiter certaines nouvelles clauses jugées trop complexes, notamment le mécanisme de complément de rémunération « normatif », et plaide pour un meilleur partage des risques entre l’État, RTE et les producteurs.

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