Les écologistes proposent leur kit « anti-inflation »

Politiques publiques
15/04/2026
9 min
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Face à une nouvelle poussée inflationniste alimentée par les tensions géopolitiques et la hausse des prix de l’énergie, le groupe écologiste et social à l’Assemblée nationale tente d’imposer son agenda. Les députés proposent un “kit contre la vie chère” articulé autour d’un double objectif : répondre immédiatement à l’urgence sociale tout en accélérant la sortie de la dépendance aux énergies fossiles.

Par Laura Icart

Ce matin, le groupe écologistes et social a présenté à la presse ses mesures anti-crise. « Il faut arrêter avec l’impréparation » a souligné d’emblée sa présidente Cyrielle Chatelain, évoquant un gouvernement qui agit « au coup par coup ». Les élus dénoncent une inflation appelée à s’étendre : carburants, gaz (+ 15 % annoncés), puis potentiellement alimentation et autres dépenses essentielles. « À chaque crise, le même scénario se répète : une minorité s’enrichit, tandis que la majorité s’appauvrit. »

Une critique frontale de la réponse gouvernementale

« Cela fait des années que les écologistes alertent : cette hausse des prix était prévisible. Elle enferme aujourd’hui des millions de Français dans des dépenses contraintes. Nous voulons à la fois agir immédiatement contre la vie chère et préparer l’avenir » souligne Cyrielle Chatelain. Selon les écologistes, la répétition des crises – de la guerre en Ukraine aux tensions actuelles au Moyen-Orient – révèle une vulnérabilité structurelle de l’économie française. « Crise après crise, le même scénario se répète » dénoncent-ils, pointant une dépendance « organisée » aux énergies fossiles et une action publique jugée tardive et insuffisante. Le groupe dit défendre une ligne claire : ne plus opposer urgence sociale et transition écologique. « Un euro investi dans l’écologie, c’est un euro investi dans la souveraineté et dans le pouvoir d’achat » résume le groupe.

Taxer les superprofits : la maraude

Mesure phare : une contribution exceptionnelle sur les superprofits des groupes pétroliers. Inspirée de dispositifs européens déjà mis en place en Italie, en Allemagne et en Espagne, elle viserait les bénéfices dépassant de 20 % la moyenne des années précédentes, avec un taux porté à 66 %. « Le dispositif de 2023 était inefficace. Nous en corrigeons les failles » indique la députée écologiste de Paris Éva Sas. Le groupe justifie cette proposition par « l’ampleur des profits enregistrés dans le secteur : jusqu’à 81 millions d’euros par jour en Europe depuis le début de la crise », selon leurs estimations. Objectif affiché : freiner la spéculation et dégager des ressources pour financer la rénovation thermique ou le soutien à l’achat de véhicules électriques. Une mesure qui pourrait rapporter selon une précédente estimation plus de 600 millions d’euros de recettes potentielles. Les écologistes reconnaissent toutefois les limites du cadre européen : « On ne peut taxer que les bénéfices réalisés en France, notamment dans le raffinage et la distribution. Néanmoins il ne peut pas y avoir de profiteurs de crise » martèle Éva Sas qui a d’ailleurs déposé une proposition de loi sur le sujet, qu’elle souhaite transpartisane même si, elle le reconnait, « celle-ci a peu de chance d’être examinée ».

Mobilités : priorité au train et aux aides ciblées

Sur les transports, les écologistes privilégient des mesures à effet rapide. Ils proposent notamment une baisse de 50 % des tarifs ferroviaires, un « choc d’offre par le prix » pour remplir des trains aujourd’hui utilisés à seulement 25 % et un chèque mobilité de 400 euros pour les ménages modestes. « Prendre en charge 50 % du prix des TER et Intercités aurait un double avantage, affirme la députée de Haute-Garonne Christine Arrighi, un coup de pouce financier et le remplissage de train » qui aujourd’hui affichent un taux de remplissage de seulement 25 %. Ils défendent également la création d’un chèque mobilité de 400 euros par an pour les ménages modestes, utilisable pour différents modes de transport. Une mesure ciblée, présentée comme plus efficace que les ristournes généralisées sur le carburant.

Alimentation : encadrer les marges de la grande distribution

Autre pilier du plan : la lutte contre la précarité alimentaire. Alors que 16 % des Français déclarent ne pas avoir assez à manger, les écologistes veulent imposer la vente de 100 produits essentiels à prix coûtant dans la grande distribution. « Une proposition de loi du député Boris Tavernier sera déposée dans les prochains jours » nous a indiqué Cyrielle Chatelain. Le dispositif, inspiré de pratiques déjà existantes sur certains produits d’appel, se veut sans coût pour les finances publiques et vise à réduire les inégalités d’accès à une alimentation de qualité. En parallèle, le groupe défend une transformation du modèle agricole. Il plaide pour un changement de modèle avec la création d’un fonds d’urgence pour la transition agroécologique. Ce fonds doit préparer une nouvelle stratégie éco-phyto régionalisée pour réduire notre dépendance aux engrais chimiques, aux glyphosates ou aux néonicotinoïdes. Également avancé : le soutien renforcé à l’agriculture biologique via notamment le doublement du crédit d’impôt, une demande que les écologistes inscrivent régulièrement à l’ordre du jour lors des projets de loi de finances mais qui n’a jamais été retenue. « Notre agriculture dépend trop des énergies fossiles et des importations. Il faut reconstruire une souveraineté alimentaire » souligne la députée de la Drôme Marie Pochon, mettant en avant la grande dépendance de l’agriculture intensive aux engrais importés dont 30 % transitent pas le détroit d’Ormuz. « Les engrais que nous importons aujourd’hui pour notre agriculture ont plus financé l’effort de guerre russe que nous avons apporté d’aide à l’Ukraine depuis le début de la guerre, a ajouté Marie Pochon. Tout cela fait grimper les prix et fragilise les productions de cette année et de l’année prochaine. »

Énergie : sortir des dépendances

La crise énergétique actuelle met en lumière la dépendance persistante de la France aux énergies fossiles et l’impact direct de cette vulnérabilité sur les ménages. Depuis fin février, les prix du gaz ont augmenté d’environ 50 % et ceux du pétrole de près de 27 %, tandis que le principal outil de protection existant, le chèque énergie, reste largement insuffisant. Avec un montant moyen de seulement 148 euros, « le chèque énergie ne couvre qu’une faible partie de la dépense énergétique annuelle, laissant de nombreux ménages modestes exposés aux impayés et aux coupures » explique Cyrielle Chatelain. Une situation d’autant plus complexe que la réforme du chèque énergie et la fin de l’automatisation a réduit le nombre de bénéficiaires à 3,8 millions de foyers, plus exactement 4,5 millions suite à l’annonce gouvernementale de début avril, contre 5,5 millions auparavant. Les écologistes proposent d’ailleurs d’élargir « jusqu’aux 30 % des ménages aux revenus les plus faibles ». « Il faut pouvoir se chauffer a minima, pouvoir faire tourner son frigo quand il fait trop chaud. Ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité en termes de dignité de vie » indique l’élue écologiste, évoquant également une interdiction des coupures d’électricité et de gaz dans le logement principal, toute l’année, et l’encadrement stricte des baisses de puissance en cas d’impayés.

Au-delà des mesures, le groupe écologiste cherche à imposer une lecture globale des crises actuelles. « Nous savons qu’il y aura une démultiplication des crises. La question, c’est comment protéger les Français et comment être résilients » résume Cyrielle Chatelain. Au-delà des mesures, c’est une critique plus large de l’action publique qui se dessine. Les élus pointent un manque de constance dans les politiques de transition écologique. « À chaque crise, on prend conscience… puis on oublie » regrettent-ils, évoquant les promesses non tenues depuis le Grenelle de l’environnement jusqu’aux politiques de sobriété énergétique.

Reste la question de la faisabilité politique. Les députés reconnaissent eux-mêmes des chances limitées de voir leurs propositions adoptées, « notamment face au poids des lobbys énergétiques et aux contraintes européennes ». Leur stratégie est néanmoins claire : installer dans le débat public l’idée que la réponse à l’inflation passe aussi – et peut-être surtout – par une transformation structurelle de l’économie.

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