Face à la flambée du pétrole liée au conflit au Moyen-Orient, l’exécutif temporise

Énergie
10/03/2026
5 min

La brusque remontée des cours du pétrole, alimentée par les tensions au Moyen-Orient, place de nouveau le gouvernement sous pression sur la question du prix des carburants. Mais l’exécutif temporise : il est « trop tôt » pour évoquer de nouvelles aides aux automobilistes, a affirmé lundi sur RTL la ministre déléguée à l’Énergie et porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon.

Par Laura Icart, avec AFP

Dimanche, le baril de Brent a franchi le seuil symbolique des 100 dollars, après avoir ouvert la semaine autour de 106 dollars et atteint un pic à 115 dollars dans un marché très volatil. Les annonces des pays du G7 sur une possible mobilisation des stocks stratégiques ont ensuite contribué à détendre partiellement les cours, qui sont revenus autour de 90 dollars.

Le gouvernement privilégie la surveillance du marché

Interrogée sur RTL, Maud Bregeon a indiqué que « tous les scénarios » étaient étudiés, sans confirmer à ce stade la mise en place d’un dispositif d’aide ciblée pour compenser la hausse du prix de l’essence et du gazole. La priorité du gouvernement est pour l’instant de surveiller le fonctionnement du marché. À la demande du Premier ministre Sébastien Lecornu, la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a lancé un plan exceptionnel de 500 contrôles dans les stations-service entre lundi et mercredi. L’objectif est de vérifier que les prix affichés correspondent bien à ceux déclarés sur la plateforme publique prix-carburants.gouv.fr et de s’assurer du respect des règles d’affichage.

« Il y a évidemment des distributeurs qui jouent le jeu (…) mais il y a aussi, dans certains cas, des prix qui ont été rehaussés trop tôt », a souligné la ministre, évoquant la possibilité d’« abus ». Les contrôles doivent permettre d’évaluer si la crise internationale a servi de prétexte à certaines hausses anticipées. Les distributeurs ont déjà été réunis jeudi dernier autour de Roland Lescure, de Maud Bregeon et du ministre chargé des entreprises Serge Papin. Une nouvelle réunion est prévue en fin de semaine afin de faire un point sur la situation après les contrôles.

Bercy en mode cellule de crise

Depuis le 2 mars, les services de Bercy ont activé un dispositif de suivi renforcé des conséquences économiques du conflit. Une cellule de crise se réunit quotidiennement, avec des points de situation réguliers avec les services économiques en région. « Des réunions quotidiennes sont également organisées avec les fédérations professionnelles des secteurs les plus exposés — logistique, tourisme, transport, industrie ou distribution d’énergie — afin d’identifier d’éventuelles tensions » précise l’entourage du ministre. Parallèlement, la France a réuni aujourd’hui un G7 finances exceptionnel pour évoquer l’impact économique de la situation au Moyen-Orient et la nécessité de sécuriser les grandes routes commerciales maritimes. Les pays du G7 ont indiqué être prêts à mobiliser leurs stocks stratégiques si nécessaire, sans que cette option ne soit activée à ce stade.

Pas de risque immédiat de pénurie

Malgré la tension sur les prix, l’exécutif se veut rassurant sur l’approvisionnement énergétique. « Il n’y a pas de risque de pénurie », a assuré Maud Bregeon, qu’il s’agisse de pétrole, de gaz ou d’électricité. Selon les données du gouvernement, 97 % à 98 % des stations-service sont actuellement approvisionnées normalement, un niveau comparable à la situation hors crise. La dépendance française au Moyen-Orient reste en effet limitée pour certains produits. La zone représente environ 10 % des importations françaises de pétrole brut, 32 % du gazole, 1 % de l’essence, mais une part beaucoup plus importante — près de 70 % — du carburant aérien. La France dispose par ailleurs d’importants stocks stratégiques. Conformément aux règles de l’Agence internationale de l’énergie et de l’Union européenne, les réserves doivent couvrir au minimum 90 jours d’importations. En pratique, la réglementation française impose des stocks équivalents à 29,5 % de la consommation annuelle, soit plus de trois mois de consommation. Au total, ces réserves représentent environ 108 jours de consommation. Le recours à ces stocks reste une option, évoquée par le gouvernement dimanche, mais « il serait utilisé avec parcimonie et seulement en cas de tensions réelles sur l’approvisionnement » a indiqué Bercy.

Une équation dépendante du conflit

À ce stade, deux facteurs détermineront l’impact économique de la crise énergétique : la durée et l’intensité du conflit au Moyen-Orient, rappelait la semaine dernière Anne-Sophie Corbeau, chercheure au Centre énergétique de l’Université de Columbia. La perspective d’une perturbation des routes maritimes, notamment autour du détroit d’Ormuz — par où transite une part majeure du commerce mondial de pétrole — reste le principal risque pour les marchés.

Dans ce contexte, l’exécutif privilégie une stratégie de vigilance et d’intervention ciblée plutôt qu’un soutien massif immédiat aux consommateurs. Un choix dicté autant par l’incertitude géopolitique que par la volonté d’éviter de nouvelles dépenses publiques tant que l’évolution des marchés reste incertaine.

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