Berlin assouplit sa loi sur le chauffage

International
24/02/2026
4 min

À rebours de la réforme portée en 2024 par l’écologiste Robert Habeck, la nouvelle coalition dirigée par le chancelier conservateur Friedrich Merz acte un net assouplissement de la réglementation sur le chauffage des bâtiments. Sous la pression d’une opinion inquiète des coûts et de la complexité du dispositif, Berlin rouvre la porte au gaz et au fioul, tout en instaurant un quota progressif de gaz vert — un compromis qui relance le débat sur la capacité de l’Allemagne à tenir ses objectifs climatiques.

Par Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

La coalition au pouvoir à Berlin a annoncé ce 24 février un accord sur une nouvelle législation encadrant le chauffage des bâtiments, enterrant de facto la réforme portée en 2024 par l’ancien ministre écologiste Robert Habeck. Entrée en vigueur l’an dernier sous le gouvernement du chancelier Olaf Scholz, la loi prévoyait que toute nouvelle installation de chauffage fonctionne à au moins 65 % avec des énergies renouvelables. Symbole de l’ambition climatique allemande, le texte avait aussi cristallisé une vive contestation, jugé coûteux, bureaucratique et trop rapide dans sa mise en œuvre.

Changement de cap politique

Les conservateurs et les sociaux-démocrates, désormais aux commandes sous l’autorité du chancelier Friedrich Merz, ont choisi d’assouplir radicalement le dispositif. « Tous les moyens de chauffage sont à nouveau possibles », a déclaré Jens Spahn, chef du groupe parlementaire conservateur, lors d’une conférence de presse aux côtés de Matthias Mirsch, président du groupe social-démocrate au Bundestag. « Le chauffage redeviendra une affaire privée. Les citoyens auront à nouveau la liberté de décider eux-mêmes comment ils se chauffent. » Dans les faits, le recours au fioul ou au gaz redevient pleinement autorisé pour les nouvelles installations. Le gouvernement entend ainsi répondre aux critiques d’une partie de la population et des milieux économiques, qui dénonçaient une charge financière excessive pour les ménages. Un projet de loi doit être finalisé d’ici Pâques, pour une adoption attendue avant le 1er juillet.

Un « quota bio » progressif

L’accord ne marque toutefois pas un abandon complet des objectifs climatiques. Il introduit un « quota bio » imposant l’incorporation progressive de gaz vert, notamment du biométhane, dans les réseaux existants. Ce quota devra atteindre au moins 10 % à partir de 2029, avant de monter en trois étapes successives d’ici 2040. L’exécutif défend une trajectoire « plus flexible » et « technologiquement ouverte », censée concilier transition énergétique et acceptabilité sociale.

Levée de boucliers des ONG

Les organisations environnementales ont immédiatement dénoncé un recul majeur. L’ONG Greenpeace accuse le gouvernement d’offrir « un énorme cadeau à l’industrie des énergies fossiles » et d’affaiblir la protection du climat dans le secteur du bâtiment. L’enjeu est stratégique : l’Allemagne est déjà sous pression pour tenir ses objectifs de réduction des émissions à l’horizon 2030 et atteindre la neutralité carbone en 2045. Or, le secteur du bâtiment demeure l’un des plus difficiles à décarboner.

Au-delà de la technique réglementaire, le dossier du chauffage révèle une ligne de fracture politique profonde : comment concilier ambition climatique, pouvoir d’achat et stabilité industrielle ? En choisissant la voie de l’assouplissement, Berlin privilégie désormais la pragmatique acceptabilité sociale à la contrainte réglementaire, quitte à fragiliser son image de locomotive verte en Europe.

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