« Une étape fondamentale » vers la décarbonation pour ArcelorMittal

Industrie
10/02/2026
6 min

En se rendant ce mardi sur le site d’ArcelorMittal à Dunkerque, le président de la République Emmanuel Macron est venu sceller un engagement industriel longtemps attendu. Le sidérurgiste a confirmé la construction d’un four électrique (EAF), un investissement de 1,3 milliard d’euros, présenté comme une étape décisive pour la décarbonation de la première filière émettrice de CO₂ de l’industrie française.

Par Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

Avec plus de 460 entreprises industrielles et 22 % des emplois régionaux concentrés dans l’industrie, Dunkerque s’impose comme une plateforme énergétique de rang européen. Le chef de l’État s’est rendu sur le site de Mardyck (Nord), intégré au complexe dunkerquois d’ArcelorMittal, où il a échangé avec les salariés. L’ensemble des sites du sidérurgiste à Dunkerque représente environ la moitié de la filière sidérurgique française. Ce projet marque un tournant après deux années d’incertitudes. Annoncé une première fois début 2024 dans une version plus ambitieuse – 1,8 milliard d’euros pour deux fours électriques, soutenus par 850 millions d’euros d’aides publiques – le plan avait été gelé sur fond de concurrence accrue de l’acier chinois et de manque de visibilité réglementaire en Europe. Sa relance, sous un format révisé, est aujourd’hui rendue possible par l’évolution du cadre européen et le soutien renouvelé de l’État français.

« Il ne faut jamais céder à la fatalité »

« On a besoin d’une sidérurgie française et européenne », a déclaré le chef de l’État, soulignant que la transition engagée poursuit trois objectifs indissociables : « de la croissance et de l’emploi, de la décarbonation pour notre climat et de la souveraineté européenne ». Face à une concurrence internationale jugée déloyale et à la flambée des coûts de l’énergie, le président a défendu une mobilisation conjointe de l’État et de l’Europe pour sécuriser les investissements, citant les mesures de protection commerciale, les contrats électriques de long terme et le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières comme conditions du redémarrage industriel. « Il ne faut jamais céder à la fatalité », a-t-il insisté, voyant dans les investissements annoncés à Dunkerque « une étape fondamentale » vers une sidérurgie européenne plus compétitive et décarbonée.

Un four électrique de 2 millions de tonnes, opérationnel en 2029

Le projet confirmé à Dunkerque repose sur la construction d’un four électrique d’une capacité de 2 millions de tonnes par an, dont la mise en service est prévue pour 2029. Contrairement aux hauts fourneaux traditionnels, très dépendants du charbon, ce type d’installation permet de produire de l’acier à partir d’un mélange de ferrailles et de matières premières à faible intensité carbone. Selon ArcelorMittal, l’acier produit émettra trois fois moins de CO₂ qu’avec un haut fourneau classique, soit 0,6 tonne de CO₂ par tonne d’acier. Un enjeu majeur alors que les sites dunkerquois concentrent environ la moitié des émissions de CO₂ de la sidérurgie française et figurent parmi les 50 sites industriels les plus émetteurs du pays. « Ce projet démontre avec force que nous savons conjuguer puissance industrielle, exigence écologique et souveraineté européenne, grâce à notre électricité compétitive et bas carbone » souligne de son côté le ministre de l’Économie Roland Lescure.

Une décision conditionnée par le virage européen

Pour ArcelorMittal, la décision n’est pas seulement industrielle. Elle repose sur un changement de paradigme à Bruxelles. La mise en œuvre du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) et du nouveau contingent tarifaire (TRQ), qui plafonne les importations d’acier et pénalise les volumes excédentaires, est jugée déterminante pour rétablir des conditions de concurrence équitables. « Ces mesures redéfinissent structurellement les perspectives de la sidérurgie européenne », estime le groupe, qui souligne également la signature récente d’un contrat de long terme avec EDF pour sécuriser un approvisionnement en électricité bas carbone et compétitive — condition sine qua non pour un four électrique. Le financement du four à arc électrique annoncé à Dunkerque repose sur un montage associant investissement privé et dispositifs publics de soutien à la décarbonation. ArcelorMittal supporte l’essentiel de l’effort financier, avec 1,3 milliard d’euros engagés, rendus possibles par la sécurisation de ses coûts d’exploitation. « La compétitivité du projet s’appuie notamment sur la signature d’un contrat d’électricité de long terme (CAPN) avec EDF » indique dans son discours Emmanuel Macron, réservé aux industriels électro-intensifs, garantissant sur 18 ans un prix de l’électricité stable et compétitif. À cela s’ajoutent des soutiens publics indirects couvrant environ 50 % du montant, via les dispositifs de certificats d’économies d’énergie (CEE) et l’accès aux appels d’offres de décarbonation industrielle financés par France 2030, sans fléchage spécifique mais sur une base concurrentielle. « C’est une opération spécifique et ce sera a priori la plus grosse opération spécifique de l’histoire des CEE » indique à Gaz d’aujourd’hui Florence Lyevin, présidente du groupement des CEE.

Sur le terrain social, le projet reste néanmoins loin de faire l’unanimité. La CFDT ArcelorMittal a annoncé le boycott de la visite présidentielle, dénonçant un investissement « en retard » et « nettement inférieur aux promesses initiales ». La CGT, de son côté, juge le projet « insuffisant », soulignant que le plan d’origine visait jusqu’à 6 millions de tonnes d’acier bas carbone. « Cela fait quatre ans qu’on nous promet des choses, et l’usine continue de s’enfoncer », résume un responsable syndical, inquiet de voir la modernisation industrielle progresser moins vite que la dégradation des outils existants.

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