Interconnexions : la France au cœur du réseau européen

Publié le 12/08/2016

4 min

Publié le 12/08/2016

Temps de lecture : 4 min 4 min

par Laura Icart

La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a publié le 14 juin 2016 un rapport sur les interconnexions électriques et gazières françaises. Dans son état des lieux, le régulateur fait ressortir deux points principaux : les réseaux français sont bien interconnectés avec les réseaux des États voisins et leurs utilisations est de plus en plus efficientes. Explications.

Très bien intégrée au marché européen du gaz, la France est un pays particulièrement connecté, comme le souligne la CRE dans son rapport. Les gestionnaires de réseaux de transport français ont investi environ 3 milliards d’euros ces dix dernières années. Le régulateur a activement poussé en ce sens si bien que les « capacités fermes d’entrée et de sortie » de la France ont été portées en 2015 à respectivement 3 585 giga wattheures par jour (GWh/j) et 658 GWh/j, contre 2 345 GWh/j et 304 GWh/j en 2005, soit une hausse constatée de plus de 50 % en entrée et de presque 120 % en sortie sur une décennie.

Une progression constante, un bilan positif

Cette hausse s’explique notamment par la mise en service en 2015 de nouvelles interconnexions avec l’Espagne et la Belgique. À Pirineos, les capacités fermes sont passées de 165 GWh/j à 225GWh/j dans le sens de l’Espagne vers la France, le seul qui vaille pour le moment. La nouvelle connexion d’Alveringem (270 GWh/j) permet depuis la fin de l’année dernière d’exporter vers la Belgique du gaz non odorisé importé depuis le terminal de GNL de Dunkerque notamment. En outre, la France dispose de quatre terminaux méthaniers – Fos-Tonkin, Fos-Cavaou, Montoir-de-Bretagne et Dunkerque LNG (mis en service en juillet dernier) – pour réceptionner du GNL.

Le régulateur souligne également que le niveau des capacités d’interconnexions de la France avec ses voisins frontaliers permet à notre pays de répondre pleinement à l’objectif de l’intégration des marchés européens fixé dans le troisième paquet1.

Si le bilan des capacités d’entrée et de sortie de gaz en France est positif, dû notamment à d’importants investissements dans le secteur, l’épineuse question de la création de nouvelles interconnexions dont les projets s’avèrent complexes et coûteux est au cœur des préoccupations du régulateur.

La commission précise dans son rapport qu’elle « veillera à éviter que les consommateurs de gaz et d’électricité ne soient exposés à des coûts considérables pour construire des infrastructures dont l’utilité pour la construction du marché européen et la sécurité d’approvisionnement n’aurait pas été démontrée ».

Dans le secteur gazier, c’est le projet Midcat en particulier qui est pointé du doigt par le régulateur qui estime que son utilité reste à l’heure actuelle à démontrer.

Midcat : l’imbroglio gazier

Cette nouvelle interconnexion gazière, qui doit doubler la capacité de transport de gaz de l’Espagne vers la France, grâce à 224 kilomètres de nouveaux tuyaux à travers les Pyrénées, a déjà fait couler beaucoup d’encre. Défendu par le transporteur français TIGF (Téréga), par l’italien Snam et par l’espagnol Enagas, et soutenu par Bruxelles, ce projet, évalué à près de 3 milliards d’euros dont plus de 2 milliards imputés à la partie française « pour créer des capacités représentant jusqu’à 15 % environ des consommations de gaz en France et en Espagne », ne recueille pas les faveurs du régulateur et de la plupart des acteurs français. Ils l’estiment non seulement trop coûteux mais également en totale inadéquation avec les besoins actuels sur le marché du gaz. Si Midcat ne recueille pas tous les suffrages, la CRE n’est cependant pas réfractaire aux nouveaux projets si elle estime qu’il existe un besoin sur le marché et des sources de financement.

1 Le troisième paquet énergie, adopté le 13 juillet 2009, est composé de cinq textes, dont la troisième directive gaz.