Expérimentation : neuf projets énergétiques innovants retenus par la CRE

Le dispositif dit « bac à sable réglementaire » a autorisé la CRE à accorder des dérogations pour faciliter la réalisation de projets innovants. Six projets d'injection de gaz de synthèse ont été retenus pour ce premier guichet.

Publié le 25/03/2021

5 min

Publié le 25/03/2021

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Prévu par la loi relative à l’énergie et au climat, le dispositif d’expérimentation réglementaire dit « bac à sable réglementaire » autorise la Commission de régulation de l’énergie (CRE) et la direction de l’énergie et du climat (DGEC) à accorder des dérogations spéciales aux conditions d’utilisation et d’accès aux réseaux d’électricité et de gaz pour déployer à titre expérimental des technologies ou des services innovants en faveur de la transition énergétique et des réseaux et infrastructures intelligents. Pour ce premier guichet, la CRE a retenu neuf projets dont six liés à la pyrogazéification et à la méthanation pour favoriser l’injection de gaz de synthèse dans les réseaux gaziers.

Par la rédaction de Gaz d’aujourd’hui

 

Dans un secteur énergétique en pleine mutation et où les cadres réglementaires peuvent parfois être un frein à l’évolution rapide des technologies, c’est notamment le cas pour l’injection de gaz de synthèse dans les réseaux, ce dispositif expérimental, prévu par l’article 61 de la loi du 8 novembre 2019 relative à l’énergie et au climat, a permis d’identifier 19 dossiers (20 projets) sur 41 dossiers déposés qui répondaient « aux critères d’éligibilité au bac à sable et portés sur des thématiques majeures pour l’avenir du système énergétique » indique la CRE. Des projets qui, s’ils s’avéraient pertinents, pourraient permettre d’accélérer l’évolution du cadre réglementaire actuellement en vigueur.   

Neuf projets retenus

Les 20 projets identifiés par la CRE et la DGEC ont été déclarés éligibles principalement pour leurs caractères innovants et en raison de freins réglementaires identifiés. « Deux relèvent de la compétence exclusive de la CRE, dix de la compétence exclusive de la DGEC et huit de la compétence partagée de la CRE et de la DGEC » indique la CRE dans son communiqué. Sur les dix projets analysés, la CRE en a retenu neuf concernant des expérimentations dans le domaine des flexibilités locales, du stockage d’électricité et de l’injection de méthane de synthèse dans les réseaux. Trois sont portés par EDF, Renault et Engie, portant respectivement sur la possibilité pour un stockage de fournir plusieurs services auprès de différents agrégateurs, l’expérimentation d’un dispositif de stockage stationnaire des véhicules électriques à recharge bidirectionnelle pour valoriser ces batteries via les services système et le test d’une option tarifaire d’acheminement (Turpe « à pointe mobile ») pour les clients raccordés en basse tension.

Six projets dans le secteur gazier

Energo, Storengy, Hymoov, GDL, la communauté d’agglomérations de Pau Béarn et Perpignan Méditerranée communauté urbaine ont déposé des projets pour faciliter l’injection de gaz de synthèse dans les réseaux gaziers, en l’occurrence le réseau de distribution de GRDF. Pour tous, il s’agit de démontrer la nécessité de faire évoluer le cadre réglementaire qui ne prévoit pas actuellement et de manière explicite la possibilité d’injecter du gaz de synthèse produit dans les réseaux publics, et de fait ne permet pas aux porteurs de projets de pouvoir bénéficier des dispositifs existants pour le gaz injecté dans les réseaux, comme par exemple « la réfaction tarifaire sur les coûts de raccordement et la possibilité de bénéficier des dispositifs mis en œuvre dans le cadre du droit à l’injection »  ou encore « l’inscription sur le registre des capacités ».

Parmi les porteurs de projets, il y a l’énergéticien Storengy, dont deux projets ont été retenus. Entre autre, Méthycentre, situé en région Centre-Val de Loire : comme pour le projet Hycaunais situé en Bourgogne-Franche-Comté, l’objectif est le même que pour tous les projets retenus par la CRE, soit produire du méthane de synthèse par méthanation à partir d’hydrogène (produit par électrolyse) et du CO2 issu d’un méthaniseur, pour être injecté dans les réseaux gaziers. Méthycentre, qui sera le premier démonstrateur d’e-méthane de Storengy et le seul en France à être directement couplé à une unité de méthanisation, devrait être mis en service en décembre. À noter qu’Hymoov souhaite également mener parallèlement à son projet de méthanation un projet visant à valoriser des déchets de bois par la production de biogaz par pyrogazéification. De son côté, la jeune pousse GDL SAS Qairos Energies, située à Mareil-en-Champagne, souhaite développer un site de production de gaz via une technologie innovante de gazéificaion, dont les intrants sont issus de la production agricole locale et particulièrement de chanvre. « Le gaz ainsi produit serait composé majoritairement de méthane de synthèse et marginalement d’hydrogène » précise la délibération de la CRE.

Le régulateur, qui se réjouit de ce dispositif qui constitue « un outil novateur pour préparer, grâce à l’expérimentation, la réglementation de demain », indique que toutes ces expérimentations feront l’objet « d’un suivi annuel et d’un retour d’expérience » afin « d’éclairer » la décision publique. Un deuxième guichet sera ouvert au second semestre 2021.